Libye: la nouvelle guerre qui ne dit pas son nom

Photo prise à Sabratha, à l'ouest de Tripoli, en Libye, par les autorités de la ville après un raid aérien de l'armée américaine contre un camp d'entraînement de l'organisation EI, le 19 février 2016.
© REUTERS/Sabratha municipality media office/Handout

Le quotidien Le Monde a fait état, mercredi 24 février, de la présence de forces spéciales et d'agents secrets français en Libye. Selon le quotidien du soir, des forces spéciales sont présentes dans ce pays, où le service action de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) mène aussi « des opérations clandestines » contre des cadres du groupe Etat islamique (EI).

Début décembre, l'Elysée révélait que des avions de combat Rafale, embarqués à bord du porte-avion Charles-de-Gaulle, avaient mené des missions de reconnaissance les 20 et 21 novembre dans une zone située entre Syrte (bastion de l'EI) et Tobrouk. Depuis, de mystérieux vols d'avions ravitailleurs C135FR français ont été relevés au large de la Libye par le site spécialisé Flight Radar 24 sur Internet.

Enfin, il y a eu le raid américain sur la base de l'organisation à Sabratha le 19 février. Raid dans lequel une cinquantaine de jihadistes a été tuée. Comme l'a révélé RFI, Sabratha était un camp d'entrainement de l'organisation de l'Etat islamique. C'est par ce camp que seraient passés les auteurs des attaques des hôtels de Sousse et du musée du Bardo en Tunisie.

Sousse: le tueur entraîné en Libye dans un camp fondé par des Tunisiens

La semaine dernière, une cinquantaine de jihadistes, en majeure partie des Tunisiens, a été tuée dans la frappe menée par les F15E de l'armée américaine basés à Lakenheath dans le Suffolk, en Angleterre.

Le raid visait Noureddine Chouchane, décrit comme un haut cadre opérationnel de l'EI. Sa mort n'a pas été confirmée formellement par les Etats-Unis. Comme le rappelle le spécialiste des réseaux jihadistes et journaliste à RFI David Thomson, il s'agit en réalité de « la cinquième opération spéciale revendiquée par le Pentagone en territoire libyen depuis 2013 ». 

Révélations du Monde

Une enquête du journal Le Monde révèle ce mercredi que cette opération sur Sabratha a été montée de concert par Washington, Londres et Paris. Elle affirme également que la frappe aérienne de novembre dernier à Derna, dans laquelle le plus haut responsable de l'organisation EI pour la Libye, l'Irakien Abou Nabil, a été tué, s'est faite là encore grâce à des renseignements français.

D'autres journalistes, comme ceux de la chaîne qatarienne al-Jazeera, évoquent aussi la présence de troupes françaises à Benghazi où l'armée libyenne a repris hier le contrôle de plusieurs secteurs de la ville. L'état-major français joint par RFI, assure pour sa part qu'« aucun soldat français ne combat aujourd'hui en Libye », et pour cause : l'action française en Libye est une action discrète, voire clandestine.

La piste de l'aéroport de Benghazi. © capture d'écran Google Earth

Le Monde évoque la présence de forces spéciales qui « opèrent sous l'uniforme », mais aussi de commandos du service action de la DGSE qui eux, mènent des actions clandestines et peuvent se fondre dans le décor, notamment parce qu'ils opèrent en civil et de manière non officielle.

En 2011 déjà, la France avait déployé très discrètement quelques petites équipes chargées d'encadrer, armer, former, voire accompagner au combat les miliciens libyens du CNT. Certaines livraisons d'armes s'étaient faites par ailleurs, via un terrain d'aviation secret dans le Jebel Nefousa, au sud de Tripoli. Nul doute que la France a conservé des contacts, à Benghazi particulièrement.

L'Egypte, pour sa part, milite pour que les Occidentaux soutiennent activement le général Khalifa Haftar, ancien officier du colonel Kadhafi passé par la CIA, en guerre contre les islamistes, à la tête d'une importante milice désignée Armée nationale libyenne.

Vers une nouvelle intervention en Libye?

Nouvelles actions en préparation ?

Le porte-avions français, de retour du Golfe, passera dans quelques jours au large de la Libye, avant de rejoindre son port d'attache Toulon. Il ne serait pas étonnant que le groupe aéronaval mène des missions d'écoute ou de reconnaissance le long des côtes libyennes.

L'Italie pour sa part a mené début janvier une première mission « humanitaire » à Misrata, mobilisant ses forces spéciales. Rome vient d'autoriser l'utilisation de drones armés depuis la base américaine de Sigonella, en Sicile.

Enfin, l'US Air Force a déployé trois avions ravitailleurs KC-135 sur la base d'Istres dans le sud de la France. Officiellement, explique-t-on à l'état-major à Paris, « ces tankers sont là pour soutenir la France dans son action militaire au Mali. Ce n'est pas nouveau, ça dure depuis 2013 ». « Ces moyens peuvent être employés dans la bande sahélo-saharienne (BSS) à la demande de la France », souligne la Défense.

Pendant les opérations aériennes au-dessus de la Libye, 80% des ravitailleurs avaient été fournis par les Etats-Unis et déjà ces citernes volantes étaient basées à Istres. La base de Sari-Solenzara en Corse avait été utilisée aussi par les chasseurs-bombardiers pendant la campagne aérienne de 2011. Sari-Solenzara n'est qu'à 1700 kilomètres de la zone d'action. Mais les Rafale basés à Mont-de-Marsan (sud-ouest) ne sont guère plus éloignés, et peuvent opérer de manière plus discrète depuis leur base d'origine.