Au Sénégal, la campagne pour le «non» au référendum est lancée

Idrissa Seck, en février 2012, dans sa ville natale alors qu'il était le candidat de l'opposition à la présidentielle.
© © RFI/ Laurent Correau

Le président sénégalais Macky Sall a annoncé le 16 février dernier qu'il renonçait, sur avis du Conseil constitutionnel, à réduire son mandat en cours de sept à cinq ans, et qu'il soumettrait son projet de révision constitutionnelle à référendum le 20 mars prochain. Ce mercredi est né le «front du non», une large coalition de mouvements citoyens, de la société civile et de partis politiques qui appellent à voter non le 20 mars prochain lors du référendum proposé par Macky Sall pour modifier la Constitution. Parallèlement, l’ancien Premier ministre Idrissa Seck a appelé à voter non au référendum lors d’un meeting de son parti. Reportages à Dakar.

La démocratie au parti Rwemi, - Rewmi signifie le pays - c’est assez simple : réunissez plus de 130 membres venus de toutes les régions dans une salle, donnez la parole à chacun. Quatre heures après, une tendance apparait : « Pour la comptabilisation, 132 non et zéro oui. Nous sommes tous mobilisés pour dire non au président Macky Sall. »

Assis au bureau des leaders, Idrissa Seck valide le choix de ses partisans.
« Comme tous les représentants, moi qui suis votre président je vote non au référendum », lance-t-il. Applaudissements dans la salle, la séance est levée.

Devant son QG, Idrissa Seck reprend la parole. Face à la presse, il explique pourquoi il appelle à voter non à ce scrutin qui doit valider ou pas le projet de révision de la Constitution : « Face au reniement, au déshonneur qu’il s’est imprimé en revenant sur sa parole et en ne respectant pas son engagement, le président Macky Sall met chaque citoyen face à une responsabilité historique. Voter non à son référendum est le choix du parti Rwemi. Voter oui à son référendum signifie permettre au régime de poursuivre la dégradation continue de notre pays au plan économique, social et moral. Voter non signifie recouvrer la souveraineté du peuple et indiquer au Sénégal, à l’Afrique et au monde que dans la démocratie sénégalaise, le peuple reste en dernier ressort, le seul maître du jeu, le seul maître à bord. »

Idrissa Seck a enfin appelé les partis politiques d’opposition et les mouvements de la société civile à s’allier dans une grande union du non pour faire barrage au président Macky Sall.

Le « front du non » appelle à un non massif

C’est au son de l’hymne du « front du non » que le mouvement a été lancé ce mercredi.  C’est un hymne fraichement enregistré dans l’état d’esprit au sein de ce front. « Nous avons senti une agression, nous avons senti une trahison, nous avons senti une grande déception. » Cette coalition n’accepte pas le revirement de Macky Sall sur sa promesse de réduire son mandat en cours.

Cheikh Tidiane Gueye, membre de Sénégal Avenir Lougnou Begue, lit le manifeste, texte qui rejette la Constitution proposée par le chef de l’Etat. « Un non massif et un non décisif à la Constitution du président Macky Sall. Notamment l’hypertrophie du pouvoir présidentiel, la soumission de la justice et le clientélisme politique. »

A la même tribune, Fadel Barro, du collectif Y’en a marre, explique que la mobilisation pour le non sera nationale. « C’est que nous allons utiliser tous les moyens possibles pour éclairer le choix des Sénégalais, y compris les chefs religieux, y compris les chefs coutumiers », dit-il.

Dernier porte-parole de ce front, Aboubary Mbodj, de la Raddho, persuadé que le non va l’emporter. Il cite le général De Gaulle. « Si le non l’emporte, si le président de la République est conséquent avec lui-même, il fera comme De Gaulle, il démissionnera. »

Difficile de mesurer l’impact d’un tel mouvement à moins d’un mois du référendum. Dans les taxis, l’hymne du front du non tourne en tout cas déjà en boucle.