Soudan du Sud: visite de Ban Ki-moon à Juba

Le secrétaire général des Nations unies Ban-Ki-moon à Juba avec le président du Soudan du Sud Salva Kiir, le 25 février 2016. i
© REUTERS/Jok Solomon

Le secrétaire général des Nations unies était jeudi 25 février au Soudan du Sud. A son arrivée à Juba, Ban Ki-moon a été reçu par le président Salva Kiir, pour évoquer le conflit qui ravage le pays depuis plus de deux ans. Il a appelé les acteurs de la crise sud-soudanaise à faire preuve de « responsabilité ». L'attaque de la semaine dernière sur un camp onusien de déplacés devait aussi figurer au menu des discussions. Cette attaque, qui n'était pas la première du genre, est emblématique des relations parfois tendues qu'entretiennent la mission de l'ONU et le gouvernement sud-soudanais.

La Mission des Nations unies au Soudan du Sud, c’est 12 000 militaires et policiers qui ont pour mandat de protéger les civils.

Dans ses bases, la Minuss héberge plus de 200 000 personnes. Mais des hommes armés, souvent présentés comme des soldats de l’armée sud-soudanaise, ont déjà fait irruption dans ces « sites de protection des civils », comme on les appelle.

C’était le cas la semaine dernière, à Malakal, capitale du Haut-Nil, où 19 personnes ont été tuées et 127 autres blessées, selon le dernier bilan.

C’était déjà le cas il y a deux ans, à Bor, capitale de Jonglei. Là aussi, des hommes armés avaient pénétré dans l’enceinte d’une base de l’ONU sans que les Casques bleus n’interviennent, bien que leur mandat, en vertu du chapitre sept de la Charte des Nations unies, les y autorise.

C’est un « secret de polichinelle » que la Minuss n’est pas là pour combattre, selon Ewan Lawson, ex-pilote de la Royal Air Force et ex-attaché militaire à l’ambassade du Royaume-Uni à Juba.

« Certains contingents ne sont pas prêts à se battre, dit-il. Les incohérences de la mission n’ont fait qu’aggraver le problème. Dès le début, la composante militaire de la mission, qui est à la fois militaire et politique, a été marginalisée et ses responsabilités, reléguées au second plan. Par conséquent, toute décision militaire pose problème. »

La récente attaque contre le « site de protection des civils », une structure onusienne unique au monde, où des dizaines de milliers d’abris ont été détruits, met en évidence l’impunité de la classe dirigeante, selon les défenseurs des droits de l’homme.

« On ne doit pas s’en étonner quand des dirigeants se font la guerre, pillent des ressources naturelles et se refusent à mettre en œuvre tout accord de paix en toute impunité, sans rendre de comptes à qui que ce soit », selon Ian Schwab, un directeur du Enough Project, un groupe de pression américain.

Jeudi, à Juba, Ban Ki-moon a évoqué, selon le compte Twitter de la Minuss, la création d’un tribunal international, une structure hybride, relevant à la fois du Soudan du Sud et de l'Union africaine. 

Loin d’être au beau fixe, les relations entre Juba et l’ONU ont souvent été tendues.

Le président Salva Kiir s’est montré très agacé lorsque Ban Ki-moon a critiqué le Soudan du Sud lorsque ses soldats ont traversé la frontière avec le Soudan pendant la crise de Heglig, en 2012.

L’année suivante, au début du conflit sud-soudanais, le gouvernement a même reproché à la Minuss de fournir des armes à la rébellion.