Procès de l'apartheid: la famille de Nokuthula Simelane en quête de justice

Quatre policiers - trois Blancs et un Noir - comparaissent ce vendredi 26 février pour le meurtre de Nokuthula Simelane en septembre 1983. Ils ont nié lors de l'audience mais le procès pourrait durer des mois.
© RFI/Alexandra Brangeon

En Afrique du Sud s’est ouvert ce vendredi matin 26 février un procès historique, vingt ans après la fin de l’apartheid : celui de violences commises durant le régime d’apartheid. Quatre anciens policiers, trois Blancs et un Noir, sont poursuivis pour le meurtre d’une jeune femme, Nokuthula Simelane, membre de la branche armée de l’ANC. Ils comparaissent devant un tribunal de Pretoria.  

Dans le box des accusés, quatre hommes. Tous d’anciens policiers. Ils ont 60-70 ans, le visage fermé, et regardent droit devant eux. A l’époque ils faisaient partie d’une unité spéciale de la police de Soweto chargée de traquer les militants de l’ANC, organisation alors interdite.

Ils sont responsables d’avoir kidnappé Nokuthula Simelane, une jeune étudiante, qui transportait des messages pour la branche armée de l’ANC.

C’était en septembre 1983, pendant les années dures de l’apartheid. Nokuthula a été détenue pendant 5 semaines, torturée en échange d’informations. Mais son corps n’a jamais été retrouvé.

Il y a vingt ans ces hommes ont avoué une partie des faits devant la Commission Vérité et Réconciliation mise en place par l’ex-président Nelson Mandela. Ils avaient alors été amnistiés.

Mais, aujourd’hui, la justice les a rattrapés et les quatre hommes comparaissent pour son meurtre. Ce vendredi matin, tous ont nié avoir tué Nokuthula et affirment ne pas savoir ce qu’elle est devenue. Le chef de l’unité, Willem Coetzee, l’a fait par la voix de son avocat. « C’est un fait que Simelane n’a jamais été revue. Mais comment elle est morte et où, si c’est le cas, est un mystère. Mon client n’a pas demandé l’amnistie pour sa mort, parce qu’il a toujours nié l’avoir tuée. Il veut également fermer ce chapitre douloureux d’un crime qu’il n’a pas commis. Il ne cherchera pas à éviter ce procès : lui et sa famille veulent rester dans ce pays sans être accusé d’un crime qu’il n’a pas commis », a précisé l’homme de loi.

C'était la première audience d'un procès qui devrait durer des mois. 

Des centaines d'affaires non résolues

A ce jour, très peu de personnes ont été poursuivies pour les crimes commis pendant l’apartheid. La commission Vérité et Réconciliation a entendu des milliers de témoignages et a amnistié environ 1 500 personnes. C’était le principe de cette commission. Elle a aussi recommandé des poursuites judiciaires contre des centaines. Et depuis rien…

Il y a des centaines d’affaires dans des cartons, dans le bureau du procureur, qui sont classées « non résolues ». Les familles estiment avoir été abandonnées par le gouvernement au nom de la réconciliation nationale. La famille de Nokuthula s’est battue pendant des années pour qu’un procès soit ouvert.

Ce procès est le premier en quasiment vingt ans. La décision de poursuivre ces quatre anciens policiers est donc historique pour le pays et pourrait ouvrir la porte à de nombreuses autres poursuites judiciaires.