L'Afrique du Sud annonce le retrait de ses troupes de la Minuad au Darfour

Un soldat de la Minuad en patrouille au Darfour, le 12 janvier 2015.
© ASHRAF SHAZLY / AFP

L'Afrique du Sud a annoncé mercredi soir, le 24 février, le retrait de ses troupes du Darfour à compter du 1er avril. L'armée sud-africaine est engagée depuis 2008 dans les opérations de maintien de la paix conjointe de l'ONU et de l'UA dans la région. Le président sud-africain n'a pas explicité cette décision surprise, qui pourrait compliquer l'action de la Minuad dans la région.

C'est dans un bref communiqué que la présidence sud-africaine a annoncé le retrait de ses 850 soldats déployés au Darfour. Sans explications claires, le président Jacob Zuma s'est contenté de remercier ses troupes pour avoir « aidé à ramener la paix » dans la région.

Une affirmation contestable, alors que depuis la mi-janvier, des dizaines de milliers de civils ont dû fuir les combats entre forces gouvernementales et rebelles dans la région du Jebel Marra au Darfour.

Selon les analystes, les motivations de l'Afrique du Sud pourraient d'abord être économiques. L'armée sud-africaine coûte cher, alors que l'Etat doit se serrer la ceinture. Et ce retrait pourrait permettre un redéploiement plus stratégique pour l'Afrique du Sud.

Omar el-Béchir au centre du jeu

Reste que cette décision inattendue fait le jeu du président Omar el-Béchir. Recherché par la CPI pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour, celui-ci s'est toujours montré hostile à la présence de la Minuad dans la région.

Après cette annonce surprise, Omar el-Béchir pourrait désormais tabler sur le retrait d'autres pays africains, tentés de suivre l'exemple de l'Afrique du Sud, alors que la question du Darfour n'est plus guère évoquée par l'UA.

Mais à ce stade, difficile de dire si Jacob Zuma a réellement voulu faire une nouvelle faveur au président soudanais, après lui avoir permis de quitter l'Afrique du Sud sans encombres lors du sommet de l'UA à Johannesburg en juin dernier. Une affaire toujours devant la justice.

Amnesty épingle l'Afrique du Sud

L'annonce du retrait des troupes sud-africaine est survenue le même jour que la publication d'un rapport d'Amnesty Internationale épinglant l'Afrique du Sud pour n'avoir pas arrêté Omar el-Béchir.

« Il y a quelque chose de vraiment anormal lorsque les défenseurs des droits de l'homme sont traités comme des criminels tandis que ceux poursuivis par la Cour pénale internationale sont traités comme des dignitaires » s'est émue l'ONG, qui a dénoncé « une trahison » vis-à-vis des victimes du Darfour, alors que l'Afrique du Sud compte parmi les signataires du traité de Rome.