Somalie: le financement européen de l'Amisom revu à la baisse

Des soldats de l'Amisom patrouillent devant une mosquée de Mogadiscio, la capitale somalienne.
© REUTERS/Ismail Taxta

Alors que les dirigeants des pays contributeurs de la force internationale en Somalie pressent l'Union européenne de mettre la main au portefeuille, Bruxelles entend réduire de 20% son financement de l'Amisom. Le président kényan Uhuru Kenyatta s'est dit découragé par cette annonce, soulignant que l’Afrique payait «par le sang et dans sa chair la facture de la stabilisation de la Somalie». Ce que ne conteste pas la Commission européenne, qui voudrait toutefois voir l'Amisom diversifier ses sources de financement.

Déployée en Somalie depuis neuf ans, l’Amisom est, sur le papier, une force de l’Union africaine. Dans les faits, elle est financée presque entièrement par la Commission européenne, qui a décidé de réduire de 20% le salaire versé aux 22 000 soldats et policiers qui tiennent tête aux shebabs à Mogadiscio.

Cette mesure devrait affecter des militaires qui touchent actuellement environ mille dollars par mois. La solde ne leur est pas versée directement par Bruxelles, mais par l'intermédiaire des gouvernements nationaux qui prélèvent au passage 20% pour des « raisons administratives ».

A Bruxelles, on fait valoir que le Fonds de soutien à la paix pour l'Afrique a déjà versé à l’Amisom plus d’un milliard d’euros depuis neuf ans et que l’Union européenne n’a plus les moyens d’assurer ses besoins sans cesse croissants.

L’Amisom accapare 85% du Fonds de soutien à la paix en Afrique, alors que l’Union européenne finance aussi des missions internationales au Soudan du Sud, en Guinée-Bissau et en Afrique de l’Ouest, où une force régionale fait la guerre contre Boko Haram.

Les dirigeants de l’Union africaine s’étaient engagés, en juillet dernier, au sommet de Johannesburg, à assumer 25% des coûts des missions paix et sécurité.

Aux yeux de la Commission européenne, il est grand temps que l’Union africaine trouve d’autres sources de financement. Tous les regards sont tournés vers les Nations unies, qui n'a pas l'habitude de mettre la main au portefeuille pour des missions qu'elle n'a pas elle-même créées.

Les militaires du Burundi, du Kenya, de l’Ethiopie et de l'Ouganda, notamment, ont réussi à faire reculer les shebabs, des jihadistes qui tenaient la capitale jusqu'en 2011.