Y aura-t-il un procès pour la destruction des mausolées de Tombouctou?

Un des mausolées de Tombouctou, (15 mai 2012) devenu la cible du mouvement Ansar Dine.
© REUTERS/Adama Diarra

Ce mardi 1er mars s'ouvre à la Haye l'audience dite de « confirmation des charges » contre Ahmed al-Faqi, un ancien membre d'Ansar Dine, soupçonné d'avoir orchestré la destruction de plusieurs édifices religieux sacrés, à Tombouctou en 2012, pendant l'occupation jihadiste. À cette étape de la procédure, la procureure doit convaincre les juges qu’elle a suffisamment d’éléments de preuves pour justifier l'ouverture d'un procès et donc pour savoir s'il sera ou non jugé.

L'audience doit durer une journée ou deux. Les juges devraient ensuite prendre plusieurs semaines avant de rendre leur décision. Ce procès, s'il avait lieu, serait inédit à plus d'un titre. D'abord car Ahmed al-Faqi al-Mahdi deviendrait le premier jihadiste malien en procès devant la CPI. Ensuite parce que ce serait la première fois qu'une cour internationale engage un procès pour destruction de patrimoine culturel.

Selon le mandat d'arrêt émis à son encontre en septembre 2015, Abou Tourab, comme on le surnommait, était à la tête de la « hesbah », c'est-à-dire la brigade des mœurs de Tombouctou. C'est à ce titre qu'il aurait donc orchestré et personnellement participé à la destruction de neuf mausolées de saints musulmans ainsi que de la mosquée Sidi Yahia en 2012.

A l'époque Ansar Dine avait affirmé vouloir lutter contre « l'idolâtrie », mais pour les communautés locales, ces disparitions ont constitué une véritable tragédie. Car ces mausolées sont non seulement un maillon essentiel du système religieux local mais selon la croyance populaire, ils sont le rempart qui protégeait la ville de tous les dangers.

Détruire ces mausolées, c'est attaquer la population dans ses racines et son identité, rappelle Pascal Turlan, chargé des relations extérieur auprès du procureur de la CPI. Aux yeux de la cour, ces destructions constituent donc « un crime de guerre » passible de 30 années de prison.