RDC: les conflits fonciers empoisonnent la vie des habitants des Kivus

Goma, Nord Kivu, RD Congo : Vue aérienne partielle de la ville de Goma.
© MONUSCO/Michael Ali

Ce sont des affaires dont on parle peu et pourtant, elles empoisonnent la vie des populations dans l'est de la République démocratique du Congo : les conflits fonciers et leurs conséquences, les déguerpissements. Des expulsions, des démolitions de maisons autorisées ou non par des décisions de justice. La société civile se plaint des méthodes musclées utilisées. Dans le territoire de Masisi au Nord-Kivu, près d'une centaine de maisons auraient été brûlées, des milliers de personnes obligées de fuir. Face aux plaintes des habitants des localités concernées, les autorités provinciales du Nord-Kivu ont demandé la suspension de la mesure d'expulsion, le temps de réexaminer le dossier.

Tout commence par une décision de justice prise par le tribunal de grande instance de Goma autorisant le déguerpissement des habitants de Shonga et de deux localités voisines. Celui qui s’est présenté comme le propriétaire de la plantation où se trouvent ces villages aurait fait valoir un acte de propriété de 2006, mais n’aurait jamais tenté de démarches à l’époque.

Selon des sources locales, alors qu’un appel aurait été interjeté et aurait dû suspendre la mesure d’expulsion, l’homme se serait présenté dans ces villages pour lancer une vaste opération de démolition entre le 18 et le 26 février avec quelques éléments des forces de sécurité qu’il aurait commissionnés. Il y aurait eu près d’une centaine de maisons brulées et même des pillages, selon des sources locales.

Un haut gradé de l’armée dément catégoriquement et assure que les policiers et les militaires ne seraient arrivés qu’après pour « mettre fin au désordre entre les concessionnaires et les villageois ». Pourtant, malgré les maisons brulées et les dégâts occasionnés, le « propriétaire » n’a toujours pas été inquiété, déplore une source locale.

Le gouverneur de la province tempère. « On le sait, ce sont des terres disputées depuis les années 60 », explique Julien Paluku. « Mais on a demandé le réexamen du dossier, car il y a des zones d’ombre, on essaie de veiller aux intérêts de la population », poursuit-il. Une mission d’enquête conjointe de l’ONU et des forces de sécurité a été envoyée le week-end dernier pour tenter d’y voir plus clair.


■ Situation similaire dans le Sud-Kivu

Autre exemple d'expulsion manu militari : celle d'habitants du village de Mborero à 10 km au nord de Bukavu, dans la province du Sud-Kivu. C'est le chef de l'Etat lui-même, Joseph Kabila, qui assure être propriétaire d'un terrain. Le 30 janvier dernier, les habitants de ce terrain ont donc été expulsés et plusieurs maisons détruites par les forces de l'ordre.

En tout, une cinquantaine de familles sont à la rue, selon maître Ephrem Iragi qui défend un plaignant : « Il y a eu un assaut de 250 militaires dans le village. Ces militaires sans mandat ni document officiel ont démoli des habitations. Les familles survivent sans abri. Personne n’a jamais accédé à l’acte de propriété. On ne sait pas quand il a été signé ».

De son côté, le gouverneur de la province du Sud-Kivu assure que les « habitants avaient été avertis en bonne et due forme de leur expulsion à venir et que les démarches au niveau judiciaire ont été respectées à la lettre ».