L’Afrique: porte d’entrée et de transit du trafic de drogue

Saisie de 2,5 tonnes de cocaïne dans la cargaison d'un bateau de pêche libérien par la marine française, à environ 500 kilomètres au large de Monrovia, le 29 janvier 2008.
© AFP

L’organe international de contrôle des stupéfiants présente son rapport pour l’année 2015. Une donnée connue de longue date se confirme : l’Afrique est bel et bien une porte d’entrée, une zone de transit pour tous types de drogues qui sont ensuite acheminées vers les Etats-Unis, l’Europe et l’Asie. Fait nouveau, le continent devient aussi une zone de fabrication de drogues de synthèses.

Avec notre correspondant à Dakar, Guillaume Thibault

Cocaïne à l’Ouest, héroïne à l’Est, drogues de synthèse et marijuana partout. Le continent africain est toujours une porte d’entrée pour tous types de drogues. « Le trafic de cocaïne demeure une préoccupation majeure », pointe le rapport. La Guinée-Bissau, la Gambie ou encore le nord du Mali sont des zones d’arrivées et de transit connues, mais, signe que ce dossier est ultrasensible, aucun de ces pays n’est cité dans le rapport. Seul le Cap-Vert est présenté comme une plaque tournante du trafic de cocaïne, une demi-tonne a été saisie.

Dans ce rapport, aucun lien n’est établi entre les cartels d’Amérique latine et les groupes jihadistes présents en Afrique de l’ouest. De plus, il ne donne aucun détail sur l’argent généré par ce trafic.

Changement de méthode

Les trafiquants d’Amérique latine ont changé de méthode. Moins de grosses cargaisons, c’est via des colis plus petits que la cocaïne est acheminée en Afrique, notamment de l’Ouest. La multiplication des vols commerciaux depuis le Brésil explique en partie cette augmentation : 120 kilos saisis à Lagos en 2014, 286 kilos à Lomé.

Autre élément, la confirmation que l’Afrique, notamment de l’Est est une zone de transit de l’héroïne. Les saisies ont fortement augmenté en Tanzanie, au Kenya, en Egypte. Dans ce dernier pays, 260 kilos ont été saisis en 2013 et plus de 600 kilos en 2014.

Dernier point qui inquiète, l’Afrique de l’Ouest, notamment au Nigeria, en Côte d’Ivoire et Guinée, est devenue une zone de fabrication de drogues de synthèse. Dix laboratoires ont été démantelés l’an dernier. Plus de 100 kilos de méthamphétamine en provenance du Mali ont été saisis au Sénégal.

Pour fabriquer ces drogues, il faut des produits chimiques, par exemple de l’éphédrine. Des produits légaux et qui sont importés en toute légalité sur le continent africain. Pour le moment, les contrôles pour savoir quelle est la destination finale de ses produits sont insuffisants.

Enfin, le continent africain reste une terre très fertile pour la production de marijuana. L’herbe pousse en effet partout et très bien. Malgré les efforts des autorités, le Maroc est considéré comme l’un des premiers producteurs de cannabis au monde. Et une production importante rime avec consommation. Au Maroc, l'usage de cannabis concerne 12,4 % des personnes âgés de 15 à 64 ans, un chiffre beaucoup plus élevé que le niveau mondial qui est de 3,9%.

L'organe note qu'il y a une apparition de centres illicites de production et de transformation de drogues.
Erik Van Der Veen
02-03-2016 - Par Guillaume Thibault

Un premier centre de prise en charge des addictions au Sénégal

Si la cocaïne reste chère, elle est de plus en plus consommée. Les niveaux sont les mêmes qu’en occident, mais les centres médicaux pour les personnes dépendantes restent insuffisants. Le rapport estime qu'en Afrique, seul une personne dépendante sur 18 bénéficie d'un traitement.

Erik Van Der Veen, qui a présenté le rapport, note néanmoins le développement de ces centres médicaux et cite le Sénégal. « Le Sénégal a ouvert, en décembre 2014, le centre de prise en charge des addictions de Dakar. Ce centre offre le premier programme d’entretien à la métadone en Afrique de l’Ouest », affirme-t-il.