Les jeunes Sud-Africains appelés à s’inscrire sur les listes électorales

Lors des manifestations étudiantes (ici, à l'Université de Pretoria, le 21 octobre 2015), les jeunes disaient: «si l'éducation n'est pas gratuite, vous n'aurez pas nos votes».
© AFP PHOTO / MUJAHID SAFODIEN

Week-end de mobilisation en Afrique du Sud. La Commission électorale appelle tous ceux qui ne sont pas inscrits sur les listes électorales à le faire. Plus de 22 000 bureaux seront ouverts ce samedi et demain. A six mois des élections locales, plus de neuf millions de Sud-africains éligibles ne sont pas inscrits. Et 80% d'entre eux ont moins de 35 ans.

Soweto, un million d'habitants, dont une très grande majorité a moins de 35 ans. Ici, les partis politiques, tous bords confondus, peinent à mobiliser les jeunes.

Pour Thuto, 23 ans, cela ne sert à rien de voter. « Non, je ne suis pas inscrit et je ne vais pas le faire, assure-t-il. Je ne vois aucun parti politique qui puisse résoudre les problèmes de ce pays, comme le chômage. D'où je viens, la plupart de mes amis n'ont pas de travail, moi je suis en stage et quand mon contrat va se terminer, je vais retourner dans mon township comme les autres. Ça ne sert à rien de voter, car il n'y a pas d'amélioration. Les hommes politiques, une fois qu'ils sont au gouvernement, ils dépensent tous l'argent, deviennent corrompus et oublient ceux qui ont voté pour eux. »

Un sentiment largement partagé par ses amis. Ici, le chômage des jeunes dépasse les 50%. Katlego, 23 ans, lui, va s'inscrire pour voter, mais sans grande conviction. « Beaucoup de mes amis pensent que la politique c'est une perte de temps, surtout quand on voit l'état de notre pays en ce moment, dit-il. Mais au moins si vous votez, vous pouvez vous plaindre après. Peut-être que mon vote n'est pas grand-chose, mais ça peut-être poussez ceux qui sont responsables de ce pays à s'occuper un peu plus des jeunes pour que l’Afrique du Sud ait un meilleur futur. »

« Vous n’aurez pas nos votes »

Pour les chercheurs, il ne s'agit pas d'indifférence, mais de colère. « Les jeunes ne sont pas indifférents à la politique. Ils sont très impliqués, ils comprennent ce qu'il se passe, mais ils sont juste désabusés par le monde de la politique. Les jeunes sont de plus en plus impatients, ils en ont assez de toutes les barrières économiques ou sociales que le gouvernement ne semble pas vouloir résoudre », explique Lauren Tracey, chercheuse à l'Institut d’études et de sécurité (ISS).

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« En fait, poursuit la chercheuse, pour de nombreux jeunes Sud-Africains, leur condition sociale et économique n'a pas vraiment changé depuis la fin de l'apartheid en 1994. Les jeunes disent qu'ils vont boycotter ces élections locales, et ils voient ça comme une prise de position politique. Ce message de boycott était particulièrement présent lors des manifestations étudiantes ces derniers mois. Les jeunes disaient: 'si l'éducation n'est pas gratuite, vous n'aurez pas nos votes'. Beaucoup ne voient pas de changement autour d'eux dans leur communauté, ils sont amers et ne pas voter et un engagement politique. »

Les partis politiques - tous bords confondus - peinent à mobiliser les jeunes. Seul l'EFF, le parti radical de Julius Malema séduit encore. Pour le chercheur Dumisani Hlophe, la jeunesse s'est radicalisée. Elle veut plus de changement, plus vite, comme l'indiquent les manifestations de ces derniers mois. Et surtout elle perçoit la pression de la rue comme une façon plus efficace que le vote pour obtenir du changement.

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Pourtant, ces élections locales sont primordiales, selon Mmusi Maimane, le leader de l’Alliance démocratique, premier parti d’opposition sud-africain. « Il s’agit de l’avenir des 18–35 ans. C’est pour cela que nous avons été dans les universités pour s’assurer qu’ils vont s’enregistrer et pour leur dire qu’il s’agit de leur futur ».

« C’est une nouvelle génération d’électeurs, qui doivent faire entendre leur voix, souligne-t-il. Les élections municipales sont très importantes car c’est là que des emplois sont créés. Ils ne vont pas trouver de travail avec les gros contrats gouvernementaux… Cela se joue au niveau local, avec un gouvernement local. C’est la seule manière de créer de l’emploi et d’éliminer la corruption », insiste Mmusi Maimane.

Mais, près de l’Université de Johannesburg, les militants de l’ANC se veulent confiants. « Nous sommes persuadés que les jeunes vont s’inscrire sur les listes électorales, surtout ici, dans le Gauteng. Il y a trois semaines, il y a eu un meeting de la ligue de jeunesse de l’ANC, et les jeunes sont venus en nombre… Les jeunes sont majoritaires dans la province du Gauteng, c’est ici qu’il y a le plus d’universités, et le plus de jeunes actifs », soutient un militant.

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