Présidentielle au Bénin: le bilan d'une campagne électorale à prix d'or

Des partisans de Lionel Zinsou assistent au meeting du Premier ministre béninois, candidat à la présidentielle. Dans le district de Djeffa, près de Cotonou, le 3 mars 2016.
© REUTERS/Akintunde Akinleye

Au Bénin, la campagne électorale pour la présidentielle touche à sa fin, ce vendredi 4 mars au soir. Au total, ce sont 33 candidats qui s'affrontent pour devenir le prochain chef de l'Etat béninois. 4,7 millions d'électeurs seront appelés aux urnes, ce dimanche. Le dernier jour de campagne a été très animé, avec les derniers meetings des principaux candidats.

Avec notre envoyée spéciale à Cotonou,  Carine Frenk

Les klaxons et les cris de joie ont retenti à Cotonou, ce vendredi 4 mars. Le but étant de faire le plus de bruit possible pour mobiliser les troupes et convaincre les indécis.

C’est ainsi que le Premier ministre, Lionel Zinsou, a animé un meeting géant au stade de l’Amitié sous le signe du rassemblement, avec un concert gratuit à la clé. Grand meeting aussi pour Pascal Irénée Koupaki sur la plage de Cotonou. L’occasion pour l’ancien Premier ministre de renouveler sa profession de foi.

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Les deux hommes d’affaires Sébastien Ajavon et Patrice Talon ont tous les deux choisi, mais pas au même moment, de se rendre à l’université à la rencontre de la jeunesse et au grand marché Dantokpa, à la rencontre des femmes commerçantes. Est-ce le fruit du hasard ou bien pêchent-ils dans les mêmes eaux ?

Quant à Abdoulaye Bio Tchané, l’ancien directeur Afrique du Fonds monétaire international (FMI), il a tenu son dernier meeting dans son fief de Djougou, dans le nord du pays. Il a appelé ses partisans à voter en masse dimanche et à rester vigilants pour éviter les fraudes éventuelles.

Records de dépenses

Cette campagne est sans aucun doute la plus chère de l’histoire du Bénin : des milliards de francs CFA engloutis. Les principaux candidats et leurs équipes n'ont pas hésité à acheter des soutiens, notamment ceux des grands électeurs. « Comme tout le monde, on entend les rumeurs mais on n'a aucune preuve », explique Jean-Baptiste Elias, président du Fonac, ONG spécialisée dans la lutte anti-corruption.

Il dénonce en revanche l'achat des consciences. On sait que des responsables politiques sont passés de quartier en quartier, maison en maison à la recherche du soutien des électeurs. Selon de nombreux témoignages, de l'argent était distribué pendant les meetings.

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Lors de cette campagne, les citoyens ont pu sentir aussi la détermination des principaux candidats. D'où sans doute aussi la virulence des attaques, notamment sur les réseaux sociaux : des injures, des rumeurs.

Cependant, aucun incident majeur n'a été signalé. Dans tout le pays, les caravanes se sont croisées, les meetings se sont succédé dans une ambiance souvent festive. La campagne a donné lieu à de nombreux débats passionnés, mais on ne ressent pas de tension réelle entre citoyens, quel que soit leur camp.

Les élections sont vraiment passionnantes ! Il y a beaucoup de suspense. On ne sait pas qui va gagner !
Quelles sont les attentes des électeurs ?
05-03-2016 - Par Carine Frenk

Le rôle des réseaux sociaux

Pour cette campagne, les réseaux sociaux ont joué un grand rôle, à la fois dans la propagande des candidats et dans l'information des citoyens. Et c'est une première. Cette année, tous les candidats ont fait campagne virtuellement. Ils étaient présents sur les réseaux sociaux soit directement soit à travers des partisans. C'est ce qu'a constaté Maurice Thantan, président de l'Association des blogueurs du Bénin.

« Il semble qu'il y a un certain électorat à conquérir sur ces réseaux, explique-t-il. Etre absent sur ces plateformes c'est un peu comme laisser une zone non conquise. [Les candidats] mettent donc les moyens à travers des pages sponsorisées, à travers des jeunes qui sont payés pour relayer de l'information sur les réseaux sociaux pour les différents candidats. »

La Commission électorale a aussi publié ses communiqués sur Facebook et Twitter. Une plus grande transparence saluée par Maurice Thantan. « Ça permet à nous autres, qui n'avons pas accès directement à la Commission électorale, de suivre ses informations officielles et de les relayer au plus grand nombre, parce que dans cette période électorale il y a beaucoup de rumeurs, de fausses informations, qui circulent, et qui souvent prennent racine sur les réseaux sociaux. »

L'Association des blogueurs du Bénin va déployer plusieurs centaines d'observateurs pour le vote. Les informations et les vidéos seront notamment disponibles sur la page Facebook Benin Vote.