Bénin: polémique autour de l'utilisation d'anciennes cartes d’électeurs

A la veille du premier tour de l'élection présidentielle, dimanche 6 mars, la distribution des cartes d'électeurs se poursuit dans certains départements.
© RFI/ Delphine Bousquet

Au Bénin, à la veille du premier tour de l’élection présidentielle, les cartes d'électeurs sont toujours en cours de distribution dans dix départements sur douze. La Commission électorale a décidé, vendredi 4 mars, que dans les deux départements restants, et seulement là, l'ancienne carte, celle de 2015, sera valable. Cette décision ne satisfait pas tout le monde.

Cette décision intervient après celle de la Cour constitutionnelle selon laquelle les électeurs, pour qui la nouvelle carte n'est pas disponible, pourraient voter avec l'ancienne. La société civile avait réclamé cette mesure pour la sécurisation du vote.

Joint par RFI, Serge Prince Agbodjan, membre de la plateforme de la société civile, estime qu’il faut appliquer la décision de la Cour constitutionnelle.

« S’il n’y a pas la maîtrise sur l’utilisation des cas de 2015, il serait difficile de gérer la transparence autour de ces élections. Aussi, nous avons fortement recommandé qu’on se conforme à la décision de la Cour, à savoir que c’est à défaut de disponibilité des cartes de 2016 que nous pourrons avoir accès aux cartes de 2015 », a-t-il expliqué.

Dans le camp du candidat Abdoulaye Bio Tchané, l’interprétation n’est pas la même. Il dénonce une décision politique, car dans son fief, au Nord, la distribution vient de commencer. Un recours a même été déposé auprès de la Cour constitutionnelle.

« Il y a des gens qui ont eu trois, quinze jours et plus pour aller retirer leur carte et il y en a d’autres qui n’ont que quatre jours. Il y a là quelque chose qui n’est pas normal, non ? Bien sûr qu’il y a avait besoin de clarifier ; bien sûr qu’il fallait réduire la possibilité d’utiliser les deux cartes, mais la solution qui est proposée est l’une des plus mauvaises », a déclaré Abdoulaye Bio Tchané.

Du côté de la société civile comme du côté des acteurs politiques, on craint qu'à cause de ces problèmes de cartes, le taux de participation soit faible.

« Tout sera prêt »

Mais le président de la Commission électorale nationale autonome (Céna), Emmanuel Tiando, se veut rassurant. « Il ne peut pas y avoir de fraude dans la mesure où ce sont les mêmes individus qui sont inscrits sur la liste électorale, estime-t-il. C’est la même liste électorale qui a été utilisée en 2015, et par conséquent, il ne peut pas y avoir de doublon. Ils ne pourront pas faire de fraude puisque chaque électeur va voter en fonction de son poste de vote et il va émarger devant son nom. »

Et d'insister : « Dans tous les cas nous avons donné des instructions à nos coordonateurs d’arrondissement et à nos membres des postes de vote pour qu’ils surveillent de façon très très méticuleuse les différentes opérations de vote. Et qu’ils regardent sérieusement la carte avant de permettre à l’électeur de passer dans l’isoloir. »

L'autre grande préoccupation concerne l'organisation du vote. Est-ce que tout sera fin prêt le jour J ? Est-ce que les postes de vote pourront ouvrir à l'heure, c'est-à-dire à 7h00 ? Interrogé par RFI, le président de la Céna, Emmanuel Tiando, se dit serein.

« L’essentiel de ce qu’il faut pour voter est déjà en place sur le terrain, comme par exemple les urnes, les isoloirs, les bulletins de vote, les feuilles de dépouillement, les fiches de compilation, bref… Tout ce qui concourt à la tenue du scrutin, c’est déjà sur le terrain », a-t-il soutenu.

Concernant d’éventuels retards, le président de la Céna, considère qu’il n’y a pas lieu non plus de s’inquiéter.

« Les électeurs n’auront pas à se faire du souci parce que le code électoral a prévu que le vote dure pendant neuf heures. Nous avons instruit nos coordinateurs pour que ce délai de neuf heures soit respecté, quel que soit le moment où le vote démarre. Aucune inquiétude donc. Je ne peux pas vous dire que nous sommes inquiets, à partir du moment où nous avons pris cette disposition mais, vous savez, une élection c’est toujours une opération délicate et il ne faut pas faire preuve d’un optimisme béat. Il peut y avoir quelques problèmes, mais nous allons les régler au fur et à mesure qu’ils vont se présenter », a déclaré, à RFI, Emmanuel Tiando.