Présidentielle au Bénin: un vote bien suivi et dans le calme

Bureau de vote de Cotonou, pour le premier tour de l'élection présidentielle au Bénin, le 6 mars 2016.
© RFI/Carine Frenk

Ce dimanche est une journée d’élection au Bénin avec le premier tour du scrutin présidentiel. Au total, 33 candidats sont en lice, un record pour le pays. Les bureaux de vote doivent fermer aux alentours de 16 heures, heure locale (15h TU). Ce scrutin est marqué par des difficultés liées aux cartes d'électeurs, puisque les nouvelles n'ont pas toutes été fabriquées et donc distribuées. Les Béninois peuvent tout de même voter avec les anciennes. Des couacs au niveau de l'organisation n'ont pas entamé l'engouement de certains électeurs.

De longues files d’attente se sont formées ce dimanche matin à Cotonou. Les cours des écoles étaient remplies de monde. A la mi-journée, il y a un peu moins d’affluence car beaucoup d’électeurs ont déjà voté. Ils se sont en effet présentés en masse après la messe du dimanche matin, où ils ont prié pour qu’il n’y ait pas de troubles aujourd’hui.

Une situation apaisée après une campagne électorale passionnée que salue Dioncounda Traoré, qui conduit la mission des observateurs de l’Union africaine : « Les gens sont sortis avec leurs enfants très bien habillés comme si c’était un jour de fête. Pendant la campagne, il s’est dit bien des choses, des appréhensions, des invectives, mais ça participe à la vitalité d’une démocratie. Aujourd’hui, on peut dire, sans trop se tromper, que les choses se passent plutôt bien ».

Paroles d'électeurs à Cotonou
06-03-2016 - Par Carine Frenk

Des électeurs qui sont assez disciplinés : ils ont sur eux leur carte électorale, soit l’ancienne, soit la nouvelle. Quand ils ont les deux, ils votent avec la nouvelle. Beaucoup dénoncent cependant la confusion qui a prévalu lors de la distribution de ces cartes. La Commission électorale, la Céna, a décidé finalement samedi que les électeurs pouvaient utiliser les anciennes cartes électorales sur toute l’étendue du territoire national, s’ils n’ont pas la nouvelle carte qui a été distribuée seulement dans dix départements sur les douze que compte le Bénin.

Un scrutin sous surveillance

Un changement de dernière minute qui a provoqué quelques craintes de fraude. Les risques existent, c’est sûr. Les électeurs en ont bien conscience. Beaucoup se disent vigilants. Ils vont d’ailleurs venir assister au dépouillement. Mais dans l’ensemble, le climat est vraiment serein. Si beaucoup d’électeurs ont en leur possession deux cartes, il n’y a qu’une seule liste électorale, chacun émarge après le vote, ce qui limite les risques de vote multiples.

Les principaux candidats ont déployé de leur côté des représentants dans les bureaux de vote. La Cour constitutionnelle prépositionnait elle aussi deux observateurs dans tous les postes de vote, les bureaux de vote. C’est l’une des caractéristiques de cette journée, une grande mobilisation et une grande vigilance de chacun.

Vigilance aussi de l’UA dont le chef de la mission des observateurs, Dioncounda Traoré, ne néglige pas du tout cette question des cartes d’électeurs : « C’est quelque chose d’extrêmement important. Il faut que le peuple puisse s’exprimer et puisse voter. Je crois que le problème a été résolu partiellement, mais je pense que c’est un problème qui demeure et il faut le dire. Le peuple béninois est un peuple mûr et je crois qu’il va continuer à tenir sa place dans le peloton de tête des démocraties africaines ».

Des retards signalés en province: l'exemple d'Abomey

Dans deux départements du pays, les nouvelles cartes d’électeurs n’ont pas du tout pu être distribuées. C'est le cas de la ville d’Abomey mais les opérations de vote s’y déroulent aussi dans le calme. Les électeurs ont commencé à voter entre 7 heures et 8 heures. Il y avait donc du retard par endroits, car le matériel n’était pas encore arrivé.

Les électeurs sont bien sortis à Abomey ce matin et les agents électoraux prévoient qu’il y aura de nouveau du monde après 15 heures. Le seul problème signalé c’est que des électeurs qui ont voté pour les législatives et les communales en 2015 et qui reviennent dans leurs bureaux de vote ne retrouvent pas toujours leurs noms sur la liste.

A Abomey, les électeurs votent donc avec leur carte de 2015. Problème : certains n’ont pas reçu cette carte à l’époque, d’autres l’ont perdue. Mais tout n’est pas perdu, car dans plusieurs postes de vote on a pu voir des électeurs venir avec la carte de 2011. Ces électeurs avaient bien fait la réactualisation pour être sur la liste avant les législatives d’avril dernier, leurs noms figuraient bien sur la liste et ils ont pu voter.

Il y a aussi quelques jeunes majeurs, ceux qui votent pour la première fois, qui ont pu se présenter avec leur carte d’identité, comme la Commission électorale l’a autorisé, puisqu’ils n’ont aucune carte et ils étaient fiers d’accomplir leur devoir de citoyen. Pour terminer, certains électeurs plus âgés sans carte pensaient pouvoir aussi voter avec leur carte d’identité, mais ça n’a pas été possible.

La plupart des gens au Bénin prennent tout cela avec philosophie. Ils espèrent surtout que tout se passera dans le calme jusqu’au dépouillement en fin d’après-midi. Les bureaux ferment à partir de 16 heures.

Je suis un collectionneur, un conservateur, je garde tout, c’est pour cela que j'ai mon ancienne carte.
Paroles d'électeurs à Abomey
06-03-2016 - Par Delphine Bousquet