Burundi: à peine lancée, la CVR au centre de controverses

Lors de la visite de Ban Ki-moon, secrétaire général de l'ONU, le président burundais Pierre Nkurunziza s'est engagé à ce qu'il y ait un dialogue inclusif. Ici, le 23 février 2016.
© REUTERS/Evrard Ngendakumana

Au Burundi, alors que s’achève la visite des trois experts mandatés par les Nations unies pour enquêter sur les violations des droits de l’homme, les autorités ont décidé de se pencher sur l’histoire tourmentée du pays. Cette mission a été confiée aux onze membres de la Commission vérité et réconciliation (CVR) prévue dans l’accord d’Arusha, signé en 2000, mais qui vient juste de commencer ses travaux. A peine lancée, elle est déjà au centre de controverses. Ses détracteurs jugent peu opportun de se pencher sur les crimes passés alors que le pays connaît une grave politique et dénoncent une « diversion » organisée par le pouvoir. Quant aux prérogatives à la composition de la Commission, elles ne font pas non plus l’unanimité.

C’est d’abord l’absence d’un volet « justice » qui inquiète les détracteurs de la  Commission.

Vital Nshimirimana, président du Forum pour le renforcement de la société civile au Burundi (FORSC), dénonce un organe « vidé de sa substance ».

« On a vu que la société civile a été ignorée tandis qu’on a préféré des religieux qui vont fonctionner selon une loi qui vise plutôt le pardon au lieu de la justice et la lutte contre l’impunité des crimes punis dans le passé », a-t-il constaté.

Il ne revient pas à la CVR « de juger » mais « d’établir la vérité », répond son président, Mgr Jean-Louis Nahimana.

« La Commission vérité et réconciliation, nous sommes d’abord un mécanisme non judiciaire pour, justement, essayer de faire la lumière sur ce passé et elle serait alors ce que j’appelle la justice de " plus jamais ça ". Seulement, on a fait le choix de séparer les deux mécanismes », a-t-il précisé.

C’est ensuite la composition de la CVR qui retient l’attention de Vital Nshimirimana. Il la juge trop proche du pouvoir et met en doute son impartialité.

« Parmi les onze commissariats, au moins trois – qui ont participé à des gouvernements – se sont accusés de différents crimes », a-t-il rappelé.

«  On peut appartenir à un groupe politique, et cependant être honnête  », rétorque le président de la Commission. Il invite ses détracteurs à ne pas juger son travail avant de l’avoir vu à l’œuvre.

Polémique également autour du calendrier de la CVR

Les onze membres de la Commission vérité et réconciliation doivent étudier les crimes commis au Burundi entre 1962 et 2008. Alors que le pays est actuellement plongé dans une grave crise politique, beaucoup s’interrogent sur l’opportunité d’une telle commission. Joint par RFI, Vital Nshimirimana dénonce une « diversion » organisée par le pouvoir.

Le moment du lancement des travaux de la Commission Vérité et Réconciliation est très mal choisi. Nous sommes dans un contexte d’insécurité généralisée. C’est une diversion intentionnelle et avérée.
Vital Nshimirimana
07-03-2016 - Par Carol Valade

Du côté de la CVR, on assure avoir pris les dispositions pour que tous les Burundais, y compris les réfugiés ou ceux qui sont en exil, puissent contribuer à ces travaux sur l’histoire du pays. Selon Mgr Jean-Louis Nahimana, le moment est d’autant plus opportun que la crise actuelle trouve ses racines dans l’histoire récente du Burundi. En effet, c’est la volonté du président Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat, contrairement à ce que prévoyait l’accord d’Arusha, qui a déclenché les premières manifestations au printemps 2015.

Selon moi, la crise que nous traversons, aujourd’hui, est une des conséquences de ce passé douloureux qui n’a pas été traité et qui a été mal géré.
Mgr Jean-Louis Nahimana
07-03-2016 - Par Carol Valade