Procès Gbagbo: un ancien soutien de l’ex-président témoin à charge contradictoire

La salle d'audience lors du procès de Laurent Gbagbo à La Haye devant la CPI, le 28 janvier 2016.
© REUTERS/Peter Dejong/Pool

Après plus de deux semaines de suspension, le procès de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé a repris ce matin devant la Cour pénale internationale à La Haye. L'ex-président ivoirien et son bras droit sont poursuivis pour crimes contre l'humanité pour leur rôle présumé dans les violences postélectorales de 2010-2011. Les deux hommes ont plaidé non coupables. Plus d'un mois après l'ouverture du procès le 28 janvier, les travaux de la cour avancent lentement. Cette nouvelle semaine est consacrée à l'audition du cinquième témoin sur les 138 prévus par l'accusation.

Ce cinquième témoin, c'est Sam Mohamed Jichi, mieux connu sous le surnom de Sam l'Africain. C'est l'un des témoins de l'accusation dont le nom avait été dévoilé par erreur au cours de la deuxième session d'audiences. Etait-il initialement prévu qu'il témoigne anonymement ? Aujourd’hui en tous cas, c'est à visage découvert qu'il s'exprime.

Vêtu d'un grand boubou sur un sweat-shirt bleu, des bagues à tous les doigts, l'homme de 53 ans, arrivé dans le nord de la Côte d’Ivoire à huit ans, a la double nationalité libano-ivoirienne. La plus grande partie de la matinée a été consacrée à son parcours : autodidacte, il se définit comme un homme d'affaires impliqué en politique, du côté de Laurent Gbagbo.

« Le président est un père pour moi », déclare Sam Mohamed Jichi. Durant la matinée, il est revenu sur la création de son parti, la NACIP, l'une des formations qui a soutenu Laurent Gbagbo pour l'élection de 2010 et les tournées qu'il effectuait dans le pays pour prôner la réconciliation dit-il. L'homme affirme en effet être un homme de paix et témoigner pour faire connaître la vérité, pour le respect de victimes.

Mémoire capricieuse

Durant le reste de l'audience, le procureur a tenté de lui faire identifier les principaux responsables de la campagne de Laurent Gbagbo ou les auteurs de certains slogans, comme « on gagne ou on gagne ». Réponses minimalistes, trous de mémoire, Sam L'Africain est pour le moins récalcitrant. Sa mémoire capricieuse a même déclenché un débat à répétition sur le fait de le traiter comme témoin hostile ou non. Ce qui a ralenti encore une audience déjà laborieuse.

Et quand le procureur insiste, lui demande par quels moyens le groupement des patriotes pour la paix défendait la patrie, Sam l'Africain se rebiffe : « Je souhaiterais aussi par exemple que vous me demandiez comment est-ce que la Côte d’Ivoire a été attaquée, comment ils sont venus ? Ça aussi c’est bon. Parce qu’il y a l’impression que, ici, tout est basé seulement sur nous mais on parle pas de comment est-ce que les autres sont venus nous attaquer. On ne parle que de nous et ça, ça me met très mal à l’aise. »

Stoïc mais ferme, le juge lui rappelle qu'il n'a pas à choisir les questions. Et qu'il va devoir faire preuve de patience. Sam l'Africain devrait en effet rester à la barre au moins quatre jours.

Et si son témoignage ne renie aucunement sa fidélité à Laurent Gbagbo jusqu'à présent, sa comparution n'a pas plu aux dirigeants du FPI, le parti de l'ancien président. La fuite de son nom en tant que témoin de l'accusation a eu pour conséquence son exclusion de l'Alliance des forces démocratiques, la coalition d'une trentaine de partis menée par le FPI de Pascal Affi N’Guessan.