Tunisie: à Ben Guerdane, une attaque «sans précédent» et «coordonnée»

Les forces spéciales tunisiennes lors de l'attaque, dans la ville de Ben Guerdane, près de la frontière libyenne, le 7 mars 2016.
© FATHI NASRI / AFP

En Tunisie, le bilan s'est alourdi à Ben Guerdane, ville tunisienne à la frontière avec la Libye. Les combats entre les forces de l'ordre et des groupes de présumés jihadistes ayant pris d'assaut des bâtiments de l'armée et de la police ont fait au moins 50 morts, ce lundi 7 mars, d'après le ministère de l'Intérieur. Parmi ces morts, 36 sont des assaillants. Le président tunisien, Béji Caïd Essebsi parle d'une attaque « sans précédent » et « coordonnée ». Selon le Premier ministre, le but était d'établir un « émirat de Daech ».

« Il s’agit d’une attaque sans précédent, coordonnée », a déclaré Béji Caïd Essebsi qui s'exprimait devant la presse, avant d'ajouter que l'objectif des assaillants était de « prendre le contrôle » de cette ville frontalière avec la Libye et d'en faire une « nouvelle province » islamique.

Des propos qui font écho à ceux de présumés jihadistes tunisiens, arrêtés en Libye, il y a vingt jours et qui parlaient d'un projet analogue. C'est la première fois qu'une attaque d'une telle ampleur vise des bâtiments des forces de l'ordre en Tunisie. Pour le moment, il n’y a pas de revendication.

Couvre-feu

Les autorités tunisiennes sont en état d'alerte. Ben Guerdane est désormais sous couvre-feu nocturne de 19h à 5h du matin, comme nous l'explique cet habitant de la ville joint par RFI.

« Les forces de l’ordre ont apparemment le contrôle de la situation à l’intérieur de la ville. Elles sont déployées à Ben Guerdane et également dans les localités voisines. La ville a d’ailleurs été fermée à toute circulation. On ne peut ni rentrer ni sortir afin de préserver la sécurité des citoyens. Les rues de la ville sont désertes. Les forces de l’ordre ont instauré un couvre-feu depuis 07h du matin. La situation sécuritaire n’est pas très claire ; les opérations militaires continuent dans la ville et ses environs car des éléments terroristes sont encore en fuite », précise-t-il.

De plus, d'importants renforts militaires sécurisent les routes du sud du pays pendant que les forces de l'ordre continuent de patrouiller dans cette région située à une trentaine de kilomètres de la frontière libyenne.

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Attaque « synchronisée »

Il s'agit d'une attaque inédite. D'abord, de par son nombre d'assaillants : il y en aurait près d'une quarantaine. Ils étaient lourdement armés avec un équipement de guerre. De plus, il s'agit d'une attaque « synchronisée », selon le terme du ministère tunisien de l'Intérieur, en plein centre-ville de Ben Guerdane : les terroristes ont ciblé trois sites stratégiques à la fois : une caserne militaire, un poste de police et un poste de la garde nationale.

Selon des témoignages d'habitants, les jihadistes semblaient bien connaître la ville et  auraient eu une liste de noms et d'adresses. Ils se seraient alors livrés à une sorte de porte-à-porte pour assassiner des responsables sécuritaires, comme le responsable de la brigade locale anti-terroriste. Preuve pour certains qu'ils ont bénéficié de complicité locale.

Les enquêteurs tentent maintenant de comprendre les motivations de ce groupe armé et de savoir si ce sont des combattants du groupe Etat islamique, comme l'affirment certains habitants de la ville. Sept présumés jihadistes ont été arrêtés. Les autorités tentent de découvrir s'ils ont d'autres complices prêts à passer à leur tour à l'action.

Selon le dernier bilan officiel, au moins 36 jihadistes présumés ont été tués, ainsi que 11 membres des forces de sécurité de la police et de l’armée. Ces violences dans la ville de Ben Guerdane n'ont pas épargné les civils. Au moins sept d'entre eux ont également été tués.

Infiltrations depuis la Libye

Cette attaque est déjà la deuxième en moins d'une semaine dans cette zone frontalière. Mercredi dernier, cinq terroristes présumés ont été abattus dans la région de Ben Guerdane, soupçonnés de s'être infiltrés depuis la Libye. Un scénario que craignaient les autorités tunisiennes, notamment depuis le raid américain sur le camp de Sabratha en Libye le 19 février dernier. Un camp du groupe Etat islamique composé majoritairement de Tunisiens.

Pour tenter de se protéger de la menace venue de Libye, les autorités ont construit un mur de sable d'environ 200 km le long de la frontière tuniso-libyenne. Un mur censé empêcher l'infiltration de jihadistes.

C’est une attaque inédite mais qui a déjà été pressentie il y a plusieurs semaines lorsque les autorités tunisiennes avaient capturé un certain nombre de Tunisiens qui revenaient de Libye. L’un d’entre eux avait révélé à l’époque que les jihadistes tunisiens réfugiés en Libye préparaient une attaque contre la ville de Ben Guerdane, et envisageaient même de l’occuper militairement pour déclarer une sorte d’émirat dans cette région-là.
Mathieu Guidère
07-03-2016 - Par Aabla Jounaïdi

François Hollande apporte son soutien

Le président français François Hollande a apporté le soutien de la France à la Tunisie. « La France se tient aux côtés de la Tunisie qui a, une fois encore, été visée parce qu'elle est un symbole. Plus que jamais, la France est déterminée à poursuivre et intensifier sa coopération avec la Tunisie dans la lutte contre le terrorisme », a déclaré le chef de l'Etat dans un communiqué diffusé par l'Elysée.