Présidentielle au Bénin: les tractations commencent en vue du second tour

Le décompte des bulletins après la fermeture des bureaux de vote, le 6 mars, à Cotonou.
© REUTERS/Akintunde Akinleye

Selon la Commission électorale nationale autonome (Céna), le second tour de la présidentielle au Bénin opposera le Premier ministre Lionel Zinsou à l'homme d’affaires Patrice Talon, arrivé devant un autre homme d'affaires, Sébastien Ajavon. La Cour constitutionnelle doit encore confirmer ces premières tendances. En attendant, les tractations commencent en vue du second tour.

Avec notre envoyée spéciale à CotonouCarine Frenk

Eric Houndete
08-03-2016 - Par Bernard Nageotte

Lionel Zinsou aborde ce second tour avec une courte avance... mais il est en tête et son entourage insiste sur la dynamique de la victoire. Il va chercher à mobiliser ceux qui n'ont voté. Il a cette volonté, affirme-t-on, de travailler avec l'ensemble des candidats qui ne sont pas arrivés au second tour. Les pourparlers ne vont pas tarder à s'engager.

Patrice Talon a peut-être un avantage : il avait signé avant le premier tour un accord avec les principaux candidats (Sébastien Ajavon le troisième homme, qui totalise 23 % des voix, Abdoulaye Bio Tchané qui obtient près de 9 % et Pascal Irénée Koupaki qui est crédité d'un peu moins de 6 %) un accord au terme duquel celui qui arriverait en en tête bénéficierait du soutien de tous les autres.

Jospeh Djogbenou
08-03-2016 - Par Carine Frenk

Aujourd'hui les négociations sont en cours au sein de la coalition pour la consolider et l'agrandir. « Chacun défendra son intérêt », indique le proche d'un candidat. Mais cette coalition des candidats de la rupture va-t--elle tenir ? Sébastien Ajavon, qui détient en partie la clé du second tour, ne va-t-il pas être tenté de rallier l'autre camp, celui de la continuité ? Selon un proche, il ne parlera pas avant la publication des résultats par la Cour constitutionnelle.

D'ailleurs, ceux qui se sont prononcés n'ont pas donné de consignes de vote. Dans un communiqué, Pascal Irénée Koupaki a tenu à réitérer qu'il était un homme de parole, un homme loyal. Quant à Abdoulaye Bio Tchané, il a déclaré qu'il se battrait pour que ses idées prévalent. « Nous sommes au Bénin, et en politique tout est possible », ironise le politologue Mathias Hounkpé. Les masques vont bientôt tomber.

L’échec de la classe politique

Mais de ces premières tendances se dégage une première leçon : la faillite de la classe politique au Bénin. C’est un désaveu pour cette dernière, puisque deux hommes d'affaires totalisent à eux seuls plus de 50 % des voix.

Avec le soutien des plus grandes formations du pays, Lionel Zinsou aurait pu passer dès le premier tour. Il n'y parvient pas, même si le Premier ministre s'est appuyé sur les appareils des partis politiques pour quadriller le pays.

Le patron des patrons, Sébastien Ajavon a misé de son côté sur le soutien des leaders politiques (des députés, des élus locaux). Il perd son match contre Patrice Talon. Patrice Talon qui au contraire a fait le choix du terrain, de la proximité. Candidat indépendant, il est au second tour sur sa seule personne.

Dimanche au soir du premier tour, un de ses partisans lançait ce message aux hommes politiques: « ce qu'on leur dit à eux tous, c'est qu'ils peuvent faire tous les arrangements qu'ils veulent en haut, nous à la base, on n'est pas d'accord. Nous avons le pouvoir d'en décider autrement. »

« Nous sommes en fin de cycle, analyse le politologue et ancien ministre Victor Topanou. C'est l'échec du système partisan, tel qu'il est en place depuis le début de la démocratisation il y a 25 ans ». Et de conclure : « Il y aura nécessairement, au lendemain de ces élections, une recomposition du paysage politique dans notre pays ».

Des habitants de Cotonou réagissent à la publication des premières tendances
08-03-2016 - Par Carine Frenk


Lionel Zinsou, Patrice Talon : portraits croisés

Premier ministre depuis 9 mois, Lionel Zinsou est banquier d'affaires. Né à Paris il y a 61 ans, d'un père béninois et d'une mère française, cet agrégé d'économie a été la plume de Laurent Fabius à Matignon. Puis il a travaillé dans le privé, chez Danone et dans la finance internationale. Il a aussi été conseiller du président Boni Yayi, et d'autres chefs d'Etat africains. Marié, père de trois filles, il est aussi grand-père. Lionel Zinsou est le neveu de l'ancien président Emile Derlin Zinsou.

Diplômé en mathématiques, Patrice Talon, bientôt 58 ans, marié, père de 2 enfants et également grand-père, voulait être pilote. Recalé aux tests de vue, il s'est lancé très jeune dans les affaires et deviendra le magnat du coton béninois. Ce compétiteur né, selon ses partisans, a toujours été dans les coulisses de la politique qu'il a largement financée. Ce fut le cas des campagnes de 2006 et 2011 de Boni Yayi, dont il est aujourd'hui l'ennemi juré. Accusé dans une affaire de tentative présumée d'empoisonnement du chef de l'Etat, il a vécu trois ans d'exil en France. Il est rentré au Bénin en octobre 2015.

Des profils différents pour deux hommes qui promettent de mettre à profit leur savoir-faire pour développer le Bénin. Pendant la campagne, Lionel Zinsou a confié que son métier, c'est de ramener des investisseurs et qu'on l'avait ramené de loin pour le faire ici. Lorsqu'il présentait son projet de société, Patrice Talon a eu cette phrase : « je sais comment chercher l'argent et je le mettrai au service de mon pays ».