Présidentielle à Djibouti: Ismaïl Omar Guelleh dans un fauteuil

Ismaïl Omar Guelleh, le président djiboutien, lors de la COP21 à Paris, le 30 novembre 2015.
© AFP/Alain Jocard

A Djibouti, l’élection présidentielle aura lieu le 8 avril prochain, mais le suspense n’est pas de la partie. Ismaïl Omar Guelleh est déjà donné grand gagnant pour briguer son quatrième mandat.

« Le 8 avril prochain, date de la présidentielle, les Djiboutiens sont appelés à élire : Ismaïl Omar Guelleh », « I.O.G », comme on le surnomme plus simplement. Cette boutade, celle d'un observateur de la scène politique djiboutienne, démontre bien que l'enjeu de ce scrutin n'existe pas. Le président sortant, candidat à un quatrième mandant, à la tête du pays depuis 17 ans, a un boulevard devant lui, car il fait face à une opposition éclatée et quelques candidats indépendants.

En tout, cinq candidats font face à Ismaïl Omar Guelleh. D’abord, deux personnalités issues de l'Union pour le salut national (l’USN regroupe huit partis) : Omar Elmi Kaireh et Mohamed Daoud Chehem. Ensuite, il y a trois indépendants, Hassan Idriss Ahmed, un ancien diplomate, Mohamed Moussa Tourtour, économiste, candidat malheureux en 1992 et Jamaa Abdouramane Jamaa, un ancien notaire.

L'USN qui pleure, « I.O.G » qui rit

Deux partis de l'USN (un regroupement de huit partis politiques d'opposition dont la création remonte à la crise post-électorale des législatives de février 2013) , le Mouvement pour le renouveau démocratique (MRD) et le Mouvement pour la démocratie et la liberté (MoDel), appellent au boycott de cette élection car, selon eux, le président Omar Guelleh n'a pas respecté l'accord-cadre signé après la crise post-électorale des législatives de février 2013. Le gouvernement et l'opposition avaient signé, le 31 décembre 2014, cet accord-cadre qui prévoyait notamment la réforme de la commission électorale (CENI). Mais ils ne sont pas tombés d'accord sur sa composition. L'USN accepte cependant de siéger à l'Assemblée nationale. L'opposition, à quelques semaines de la présidentielle, a donc volé en éclats.

« Les désaccords au sein de l'USN existent bel et bien depuis sa création, ce qui arrive aujourd'hui n'est une surprise pour personne » affirme le chercheur Dimitri Verdonck, président de Culture et Progrès, une association qui milite pour les droits politiques et soutient les oppositions en Afrique. L’association travaille avec la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH), notamment à Djibouti.

Les promesses du pouvoir

Pour l'opposant Daher Ahmed Farat, à la tête du Mouvement pour le renouveau démocratique (MRD) et le porte-parole de l'USN, cette élection est une « mascarade ». Considéré par bon nombre de spécialistes comme le vrai « patron » de l'opposition, il estime que l’enjeu du 8 avril n’est pas tant l’élection du président Omar Guelleh, puisqu’elle lui semble inévitable, mais la recomposition de l'opposition.

Pour un observateur de la scène djiboutienne, Ismaïl Omar Guelleh a réussi son pari : faire éclater l'opposition et diviser pour mieux régner. « Une partie de l'opposition, de l'USN appelle au boycott, dit-il, mais nous n'accorderons aucun crédit, nous observateurs, aux chiffres à l'issue du 8 avril. Le pouvoir affichera ce qu'il voudra. Donc, même le taux d'abstention annoncé n'aura aucune signification probante. Ainsi va Djibouti. »

Pour Dimitri Verdonck, il ne faut effectivement guère se faire d'illusion. Mais depuis 2013 – 2014, nombre de Djiboutiens ont pris conscience des enjeux démocratiques. L'après 8 avril sera aussi l'occasion pour les électeurs de « trier parmi les opposants, les vrais et les faux-nez du pouvoir ».

De son côté, Ismaïl Omar Guelleh, porté par l'Union pour la majorité présidentielle (UMP, un regroupement de cinq partis), affiche confiance et sérénité. « Une sérénité qui peut même s'apparenter, dit un proche du pouvoir, à une certaine mollesse dans son camp tant la présidentielle est jouée d'avance. Certains n'avouent pas cette mollesse, ce manque d'enthousiasme, mais évoquent pudiquement l'expression d'une force tranquille... »

Après avoir promis lors des précédents scrutins la paix, le développement économique et les grands projets, l'heure en 2016, est à la redistribution sociale. Le slogan du président sortant est : je suis le « candidat de chaque Djiboutien qui espère ». Et Ismaïl Omar Guelleh se veut le candidat de tous les Djiboutiens.