Présidentielle au Niger: l'opposition confirme sa stratégie du boycott

Des jeunes supporters de Hama Amadou lors d'un rassemblement, le 18 février 2016.
© ISSOUF SANOGO / AFP

Au Niger l'opposition appelle au boycott du deuxième tour de la présidentielle. La coalition de l'opposition Copa 2016 a confirmé ce vendredi 11 mars son retrait de la gestion du processus électoral et appelé les électeurs à boycotter le second tour de l'élection présidentielle, prévu le 20 mars. Son candidat Hama Amadou, arrivé deuxième derrière le président sortant Mahamadou Issoufou ne s'est toutefois pas désisté officiellement. Hama Amadou devait être transféré hier dans un hôpital, mais il reste finalement été détenu dans le cadre d'une enquête sur un trafic présumé de bébés.

Un candidat qui fait moins de 18 % au premier tour... en détention. Des conditions difficiles pour l'opposition pour aborder le second tour de la présidentielle.

Ensemble, les responsables du parti de Hama Amadou, et le reste de l’opposition ont tenu à se montrer solidaires pour soutenir le maintien de la candidature de l’opposant pour le second tour.

« Le peuple est au-dessous de tout et il a conféré à Hama Amadou la légitimité d’être présent au second tour. Il ne se débinera pas à cette responsabilité confiée par le peuple. Mais nous ne prendrons pas part au fonctionnement de la Céni dans tous ses démembrements », a commenté Mamane Sani, le porte-parole du Moden Fa Lumana.

« Ne pas battre campagne »

Pourtant, dans un premier temps la Copa, la coalition qui soutient Hama Amadou, a d'abord envisagé un retrait pur et simple – elle l'avait même écrit dans un communiqué – pour finalement suspendre sa participation. « Nous avons demandé à nos militants de ne pas battre campagne et de ne pas sortir le 20 mars », ont annoncé les responsables de la Copa.

La raison de ce boycott : le porte-parole de Hama Amadou a pointé qu’« un certain nombre de conditions » ne sont pas réunies pour le second tour. « Nous allons retirer l’ensemble de nos représentations à la Céni, ne pas prendre part au scrutin et faire en sorte que nos représentants et élus au nom de partis politiques à l’Assemblée nationale ne puissent plus prendre part aux activités du Parlement », a expliqué Mamane Sani.

Pour les soutiens de Hama Amadou, le premier tour a été entaché de fraudes massives et la Cour constitutionnelle a proclamé les résultats avant la fin des délais de recours.

Candidat fantôme

Ce vendredi, l'opposition a confirmé sa stratégie d'un « boycott actif » face au président Mahamadou Issoufou. Elle appelle ses militants à ne pas faire campagne et à ne pas aller voter le 20 mars. Selon le porte-parole de la Copa, Ousseïni Salatou, cette situation fait de Mahamadou Issoufou un candidat fantôme.

Mais Hama Amadou ne s'est pas retiré officiellement. Une démarche bien réfléchie, explique l'opposition, qui l'autorisera à déposer des recours après le scrutin. « Je comprends très bien, c’est pourquoi nous le soutenons dans sa logique, parce que c’est un droit qui lui permettrait plus tard de faire des recours », a déclaré Harouna Moussa, porte-parole du MNSD-Nassara.

« Aucune chance »

Du côté du gouvernement, on ne s'étonne pas de cette stratégie du boycott de l'opposition. Selon le président du parti au pouvoir, c'est le taux de participation qui sera le meilleur indicateur de la victoire probable du président sortant. « Nous nous y attendons, car ils n’ont jamais accepté des élections qu'ils ne gagneraient pas. Ils se sont rendus compte qu’ils n’avaient aucune chance de les gagner ni même de refaire leurs scores du premier tour », a commenté Mohammed Bazoum.

Le ministre d'Etat et président du PNDS a poursuivi : « Ils démontrent une fois de plus qu’ils n’ont jamais eu foi en la démocratie. Nous avons souffert des dysfonctionnements de la Céni d’autant plus que nous sommes en campagne. » Pour le porte-parole, il s’agit d’une « campagne victorieuse », dont l’objectif est de « mobiliser le peuple du Niger qui croit aux élections qui sont contre ce genre de pratiques totalement déloyales ».

Mohammed Bazoum va plus loin : « Vous verrez que nous allons mettre en place des institutions stables et crédibles reconnues par la communauté internationale et le Niger va continuer avec à sa tête le président Issoufou. »