Attaque à Grand-Bassam: la Côte d'Ivoire, cible des jihadistes

Des soldats montent la garde sur la plage après l'attaque à Grand Bassam en Côte-d'Ivoire , le 13 Mars 2016.
© REUTERS/Joe Penney

Des assaillants lourdement armés, qualifiés de « terroristes » par le gouvernement, ont attaqué la station balnéaire de Grand-Bassam, à une quarantaine de kilomètres à l'est d'Abidjan, faisant 18 morts, dont 15 civils. C’est la première attaque de ce type dans le pays, et qui n’est pas sans rappeler celles du Burkina Faso et du Mali. La Côte d'Ivoire était pourtant une cible de longue date. La sécurité aux frontières, particulièrement au nord, avait été renforcée ces derniers mois.

Dès 2013, et la poussée de jihadistes dans le nord du Mali, les services ivoiriens redoutaient de voir la menace descendre jusqu'à Abidjan.

En 2015, les choses se sont précisées avec les attaques de Misséni et Fakola, juste de l'autre côté de la frontière, côté Mali. S'en sont suivi des arrestations de jihadistes en territoire ivoirien et leur extradition. A l’époque, les soupçons se portent sur une unité de combattants d'Ansar Dine, une « katiba », voire sur des éléments peuls liés au Front de libération du Macina.

Mais cette fois-ci, c'est Aqmi/Al-Mourabitoune qui a revendiqué l'attaque. Rien à voir avec les précédentes escarmouches. Il s'agit là de la première attaque de ce type en Côte d'Ivoire, avec un mode d'action qui rappelle celui utilisé lors de l’attaque du Radisson Blu de Bamako, puis celle du Splendid à Ouagadougou.

Un mode d'action imparable ?

Les jihadistes attaquent en commando, des groupes de cinq à dix hommes, et s'en prennent à des cibles très faciles à atteindre : terrasses de cafés, halls d'hôtels, plages et restaurants, dans des lieux touristiques, des capitales ou des villes secondaires moins surveillées et défendues.

L'essentiel des victimes tombe dans les toutes premières minutes de l'attaque, comme en janvier dernier à Ouagadougou. Les assaillants sont prêts à mourir, emportant généralement des explosifs et des armes automatiques ou simplement, comme à Grand-Bassam, des pistolets de gros calibre.

Les terroristes peuvent bénéficier de complicités, dans la phase de reconnaissance de la cible et s'appuient sur des réseaux logistiques, fournissant des caches, des armes et du matériel. Ces attaques sont « imparables » disent les responsables militaires.

Lors des deux derniers attentats revendiqués par Aqmi, les forces spéciales françaises étaient intervenues depuis leur base de Ouagadougou. En fin de journée dimanche, l'état-major français assurait que les forces de sécurité de Côte d'Ivoire étaient « seules » à la manœuvre pour contrer l'attaque. Quelques heures plus tard, l'Elysée promettait l'aide de la France pour retrouver les agresseurs.

Les Occidentaux et leurs alliés dans le viseur des terroristes

Al-Qaïda au Maghreb islamique aurait envoyé ces commandos suicides avec la volonté de s'en prendre aux Occidentaux et à leurs alliés. Même si, comme à chaque fois, ce sont les victimes locales qui sont les plus nombreuses.

Environ 15 000 ressortissants français vivent aujourd'hui en Côte d'Ivoire, présence significative pour l'économie du pays. La Côte d’Ivoire est par ailleurs une base arrière de l'opération anti-terroriste française Barkhane permettant l'acheminement d'une partie des troupes et du matériel lourd. Près de 600 militaires français sont stationnés en Côte d’Ivoire.

D'après le spécialiste du jihad Lemine Ould Salem contacté par RFI, cette attaque « n'est pas vraiment une surprise. Cela faisait déjà un certain temps que les groupes jihadistes cherchaient à exporter leurs actions vers les grandes villes de la sous-région pour montrer qu'il n'ont pas été anéantis par les opérations françaises et qu'ils conservent une capacité d'action ». Selon ce spécialiste, Grand-Bassam a été choisi parce que la Côte d'Ivoire est la vitrine de la France dans la région.

Nous nous attendions à une telle attaque. Nous avions reçu des menaces, et c'est pour ça d'ailleurs que nous avions un plan d'anticipation et de contrôle, un plan d'action contre le terrorisme qui a été mis en place.
Affoussiata Bamba Lamine
14-03-2016 - Par Marie-Pierre Olphand