Reportage à la frontière Sénégal-Gambie où les habitants sont inquiets

A la frontière sénégalo-gambienne, seuls les piétons peuvent traverser, aucune marchandise ne transite aux différents points de contrôles.
© Getty Images/Ariadne Van Zandbergen

Les relations entre le Sénégal et la Gambie ne sont pas au beau fixe. En cause, la fermeture des frontières entre les deux pays suite à la décision du président gambien, Yahya Jammeh, d'augmenter les taxes de passage. Depuis un mois, seuls les piétons peuvent traverser, aucune marchandise ne transite aux différents points de contrôles. Ces tensions diplomatiques inquiètent les habitants de cette région frontalière, car depuis toujours, les liens économiques et sociaux sont fondamentaux. Reportage.

Assis devant le poste frontière de Keur Ayip, Mamadou, l’un des gardiens, prépare son thé. Le sucre qu’il utilise pour diminuer l'amertume vient de Gambie, car il est moins cher. « Le kilo de sucre nous vient de Gambie, et il nous coute 350 francs CFA à 400 maximum. Celui du Sénégal nous coûte entre 600 et 700 », commente Mamadou.

Sucre et huile vers le Sénégal, pâtes et produits frais vers la Gambie. Ce sont bien deux Etats, mais dans cette zone, il s’agit de la même unité économique.

Pour les commerçants, cette fermeture des frontières est une catastrophe. « Il n’y a pas d’argent, ça va coûter des problèmes ici. Si tu touches à la Gambie tu vas toucher au Sénégal, si tu touches au Sénégal, tu touches à la Gambie », a déclaré l’un deux.

« Ils sont durs »

Les tensions entre les deux Etats ne sont pas nouvelles, mais au poste frontière, certains font attention à ce qu'ils disent. « On est sur la ligne médiane, je ne peux pas donner mon nom. Ils sont durs, tout le monde le sait, je ne peux pas dire autre chose, je m’en vais », témoigne un passant.

Les monnayeurs, ceux qui changent l’argent, sont les plus fâchés contre Yahya Jammeh. Il y a un an, le président gambien a en effet obligé les véhicules sénégalais à payer en francs CFA. « Ils refusent de prendre leur propre monnaie, tu es obligé de payer en francs CFA. Nous, nous sommes des monnayeurs, c’est Jammeh qui nous à enlever notre boulot. »

Malgré ces différents conflits, pour les locaux la seule solution est la négociation entre les chefs d'Etat : « Ce sont les mêmes peuples qui sont là, donc ils doivent négocier. »