Attaque de Grand-Bassam: le plan de lutte anti-terrorisme renforcé

Forces de l'ordre ivoiriennes sur la plage de Grand-Bassam en Côte d'Ivoire après l'attaque terroriste qui a visé ce dimanche 13 mars 2016 cette station balnéaire.
© REUTERS/Joe Penney

La Côte d'Ivoire entame un deuil national de trois jours, après l'attentat qui a frappé la plage de Grand-Bassam à une quarantaine de kilomètres d'Abidjan. Une fusillade qui a été revendiquée peu après par al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Le bilan est lourd : 18 morts, dont 15 civils. Des victimes ivoiriennes, camerounaises, maliennes et allemande. Quatre Français figurent parmi les victimes, a indiqué ce lundi soir l’Elysée. Aujourd'hui, le gouvernement ivoirien a voulu montrer sa réactivité et sa fermeté.

Les autorités ivoiriennes dès l’attaque connue à Grand-Bassam se sont mises en action. L’intervention des forces spéciales, des commandos spéciaux, a été très rapide et directe contre les assaillants. Aussitôt, un comité interministériel conduit par le ministre de l’Intérieur Hamed Bakayoko et le ministre de la Défense Alain-Richard Donwahi s’est mis en place.

Ce lundi, avant de tenir un Conseil des ministres extraordinaire, le chef de l'Etat ivoirien a d'abord réuni un conseil national de sécurité. Cette réunion s’est ouverte avec le président Alassane Ouattara, le Premier ministre Daniel Kablan Duncan et les différents ministres concernés au premier chef par cette attaque terroriste (Intérieur, Défense, Santé et Communication). Puis, le gouvernement s’est donc retrouvé au grand complet pour le Conseil des ministres.

Le mot d’ordre du jour est d'abord de comprendre comment ces jihadistes ont pu frapper à Grand-Bassam, si tous les terroristes ont été bien neutralisés et s’ils ont bénéficié d’aide ou de complicité pour perpétrer leur crime. L’autre question est de savoir comment augmenter encore, si tant est que ce soit possible, le degré de vigilance et les moyens pour prévenir de nouvelles attaques terroristes.

En la matière, il faudra comme à chaque fois faire appel à une coopération, avec le G5-Sahel par exemple, mais aussi les autres pays de la sous-région qui ne sont finalement pas exemptés de menaces terroristes. On peut aussi compter, en Côte d’Ivoire, sur la coopération des pays occidentaux pour contenir cette menace. Ce sera sûrement l’objet des échanges qui auront lieu demain mardi lors de la venue des ministres français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, et celui de l’Intérieur Bernard Cazeneuve.

Ce Conseil des ministres a été suivi d'une allocution du ministre de l'Intérieur qui devant le gouvernement au grand complet a pris la parole. A ses côtés, le président Alassane Ouattara affichait un visage grave de circonstance. Le ministre Bakayoko a indiqué que le plan de lutte anti-terrorisme était renforcé, il passe au niveau rouge d'alerte nationale. Des opérations de « ratissage profond » se poursuivent pour s'assurer qu'il n'y a plus aucun risque terroriste dans la région de Bassam. Les lieux stratégiques ivoiriens comme les écoles, les ambassades ou bien les grands centres commerciaux vont voir leur sécurité considérablement renforcée. Trois jours de deuil national à compter d'aujourd'hui ont été décrétés et le président ivoirien doit s'adresser ce soir par le biais de la télévision à la nation pour délivrer un message.

Des civils tués

Concernant le bilan de cette attaque terroriste, il s'élève désormais à au moins 18 victimes, selon un dernier bilan officiel. Trois jihadistes présumés ont aussi été tués, un chiffre revu à la baisse puisque ce dimanche les autorités avaient d'abord annoncé la mort de six terroristes tués. « Hier, dans le théâtre de l’opération et dans le feu de l’action, un certain nombre d’informations ont été données, après on fait des regroupements et on regarde précisément les personnes décédées identifiées à la morgue. Sur la base de cela, nous donnons le chiffre exact qui est trois. Donc, il faut être transparent, c’est vrai, il y a eu un glissement », a déclaré, ce lundi, le ministre de l'Intérieur Hamed Bakayoko, à l'issue du Conseil des ministres extraordinaire.

Pour le moment, on sait que parmi les victimes européennes, on dénombre une ressortissante allemande, il s’agit de la directrice du Goethe Institut, du centre culturel allemand, à Abidjan. Il y a quatre victimes françaises. Ce lundi, l'Elysée a revu son bilan à la hausse. Parmi les Français figure un homme d’une cinquantaine d’années, prestataire, consultant pour la société Polyconseil, une filiale du groupe Bolloré, une entreprise pour laquelle cet homme travaillait sur un projet de fibre optique en Côte d’Ivoire. « Le bilan s'est alourdi car quatre victimes françaises sont désormais à déplorer. Le président de la République présente ses condoléances aux familles de toutes les victimes », indique un communiqué de la présidence française.

Il y a également aussi de nombreuses victimes ivoiriennes ainsi que des Burkinabè et des Béninois.

Quand je me déplace, je fais attention à tout.
Les Ivoiriens sous le choc
14-03-2016 - Par Isidore Kouadio

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