Attaque à Grand-Bassam: le changement de stratégie d'Aqmi

Les agents de sécurité français et ivoiriens montent la garde devant l'hôtel Etoile du Sud après une attaque à Grand-Bassam en Côte d'Ivoire , le 13 Mars 2016.
© REUTERS/Joe Penney

L'attentat revendiqué par Aqmi à Grand-Bassam constitue l'attaque la plus éloignée jamais menée par al-Qaïda au Maghreb Islamique, dont les bases traditionnelles se situent surtout en Afrique du Nord, au Sahel et au Sahara. Aqmi, qui souhaite s'en prendre aux intérêts français, a adapté ses modes d'actions. Une stratégie permettant de marquer les esprits, tout en refusant le combat contre les forces armées françaises qui opèrent dans le nord du Mali.

Depuis l'an dernier Aqmi a revu sa stratégie. Plutôt que s'attaquer aux militaires français, l'organisation terroriste s'en prend à des cibles civiles. Les jihadistes évitent le contact avec les forces armées dans le nord du Mali, et ont décidé maintenant de frapper au cœur des grandes villes du Sud, parmi la population.

Bamako, Ouagadougou et Grand-Bassam. Les forces locales, comme les militaires français, ne semblent pas en mesure de contrer ces attaques, même si régulièrement des attentats sont déjoués. Depuis l'an dernier, toutes les grandes capitales francophones d'Afrique de l'Ouest et de la zone sahélienne sont état d'alerte. Contrôles routiers, sécurité dans les hôtels, opérations transfrontalières… Visiblement, les terroristes parviennent à passer à travers les mailles du filet.

L'opération anti-terroriste Barkhane n'a pas officiellement mandat pour intervenir en ville. « La sécurité des capitales reste du ressort des forces de sécurité intérieures » des pays concernés, rappelle un général français. Si les terroristes marquent les esprits avec ces attaques, les militaires français rappellent aussi qu'une bonne centaine de jihadistes ont été tués depuis 2014 dans la zone Sahel-Sahara, 90 autres faits prisonniers et une petite vingtaine de chef éliminés par les forces spéciales françaises, d'après des décomptes faits à partir de coupures de presse, puisque ces informations ne sont que très rarement confirmées de sources officielles. L’émir de la zone saharienne, Abou Nour al-Andaloussi, a été annoncé tué par une opération des forces spéciales françaises.

Aqmi cherche à montrer sa présence même si en plus au Nord, en Libye, l’Etat islamique, qui est un groupe concurrent, est en train de se structurer et médiatiquement attire les yeux du monde entier. Aqmi se diversifie et veut prouver que la menace que ce groupe représente est encore très forte en cherchant notamment à frapper là où ça n’a jamais été fait comme à Abidjan.