A Moscou, les Tunisiens et les Russes discutent du cas libyen

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et son homologue tunisien Khemaies Jhinaoui, le 14 mars 2016 à Moscou.
© REUTERS/Maxim Zmeyev

Le ministre tunisien des Affaires étrangères, Khemaies Jhinaoui, était à Moscou lundi 14 mars 2016. Avec son homologue russe Sergueï Lavrov, ils ont essentiellement parlé de la situation régionale en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. La Russie apporte son soutien à la Tunisie, affectée par la crise en Libye et par le terrorisme, mais réaffirme son opposition à toute intervention militaire sans mandat des Nations unies.

Avec notre correspondante à Moscou,  Muriel Pomponne

La Russie soutient les efforts de la Tunisie, notamment son initiative de réunir prochainement les pays voisins pour examiner la situation en Libye. Pour Khemaies Jhinaoui, cette rencontre, prévue fin mars, doit favoriser la création d'un gouvernement d'unité nationale.

Pas d'intervention en Libye sans mandat clair

« Nous soutenons le rôle de la Tunisie, qui cherche à mobiliser les pays voisins pour promouvoir le processus politique qui, comme en Syrie, doit inclure toutes les forces politiques du pays sans exception, commente Sergueï Lavrov. Autrement, il sera très difficile de garantir l'existence de l'Etat libyen. »

« Nous savons qu'il y a des projets d'interventions militaires en Libye, qui sont discutés ouvertement ou plus discrètement », confie le ministre russe des Affaires étrangères. Mais Tunis et Moscou rejettent toute idée d'intervention militaire en Libye, sauf accord du Conseil de sécurité des Nations unies, a précisé M. Lavrov.

« Eviter toute sorte d'interprétation déformée »

« Notre position commune, avec la Tunisie, consiste à dire qu'une telle intervention sera possible uniquement avec l'aval du Conseil de sécurité de l'ONU », fait en effet valoir le chef de la diplomatie russe.

« Si l'on se rappelle les évènements de 2011, quand le Conseil de sécurité a étudié cette question, il est important que, cette fois, un éventuel mandat pour une opération contre les terroristes en Libye soit absolument sans équivoque, afin d'éviter toute sorte d'interprétation déformée », ajoute Sergueï Lavrov.

Pas question de reproduire l'exemple de 2011

Les Russes répètent à l'envi qu'en Libye, en 2011, l'Otan avait outrepassé le mandat des Nations unies. Une opération qui avait finalement conduit à la chute de Mouammar Kadhafi. Pas question que cela se reproduise, insistent-ils donc.

Sergueï Lavrov a martelé que la lutte contre le terrorisme doit s'inscrire dans le cadre du droit international, sans double standard, et sans ingérence dans les affaires intérieures du pays. Une affirmation reprise dans la déclaration commune publiée à l'issue de la rencontre.