Soldat mort de faim au Tchad: une plainte déposée en France

Soldats tchadiens déployés dans le cadre de la force militaire mixte contre Boko Haram, au Nigeria, en février 2015.
© REUTERS/Emmanuel Braun

On l'a appris hier, mardi 15 mars : une plainte a été déposée le 1er mars en France pour élucider les circonstances de la mort d'un soldat tchadien, décédé en octobre dernier. Les avocats de la famille d'Issa Abdelnabi Saleh accusent l'Agence nationale de la sécurité tchadienne de l'avoir illégalement détenu, maltraité et privé de nourriture jusqu'à entraîner sa mort. Ce soldat faisait partie d'un groupe de militaires tchadiens qui avaient fait défection de leur base du nord du Mali en raison du non versement de leur solde. Une enquête interne est également en cours au Tchad.

La plainte est établie contre X mais vise nommément l'ANS, l'Agence nationale de la sécurité tchadienne et son directeur Djidi Saleh. Ce dernier aurait la double nationalité franco-tchadienne, selon l'avocat des proches du soldat, qui justifie ainsi que la justice française puisse être compétente à se saisir de crimes présumés qui auraient eu lieu au Tchad.

D'après Me Fedida, Issa Abdelnabi Saleh serait mort de faim en octobre dernier après plusieurs jours de détention illégale dans les locaux de l'ANS.  « Mon client, explique l'avocat, après avoir fait défection dans ses fonctions armées, est venu solliciter un certain nombre de règlements auprès de son autorité hiérarchique. Il a été à ce moment-là incarcéré, puis il a disparu. Au bout de sept jours, on s'est aperçu qu'il était mort. Un rapport d'autopsie a été établi sous l'autorité du procureur de la République de Ndjamena et le rapport est formel : il y a eu  des mauvais traitements et la cause du décès c'est la malnutrition.»

La plainte est actuellement entre les mains de la section du parquet qui traite des crimes commis par des Français à l'étranger, une enquête préliminaire est donc ouverte précise Me Fedida. L'ambassadeur du Tchad à Paris, lui, s'étonne de cette démarche, en France. « La justice tchadienne est parfaitement en mesure de juger tout dossier » souligne Hissène Brahim Taha. Une enquête interne a bien été ouverte confirme le procureur de la République de Ndjamena, qui avait ordonné l'autopsie. Les investigations suivent un cours normal et les auditions ont déjà bien avancé, précise-t-il.