Niger: la participation, véritable enjeu de la présidentielle

Lors du premier tour de l'élection présidentielle, la Céni avait reconnu des insuffisances.
© REUTERS/Joe Penney

Un mois après le premier tour, c'est ce dimanche que les électeurs nigériens sont appelés aux urnes pour élire leur président. Le président sortant Mahamadou Issoufou est opposé à Hama Amadou, ancien président de l'Assemblée nationale, en prison depuis quatre mois et maintenant en France pour des raisons de santé. Dans ce contexte, le nom du président qui sortira des urnes ne fait guère de doute. L'enjeu principal, c'est la participation.

Le contexte de cette élection présidentielle est inédit puisqu'un des candidats n'est pas libre de ses mouvements et que son camp appelle déjà à une transition politique pour un nouveau scrutin. Les partisans d'Hama Amadou ont la consigne de ne pas aller voter ce dimanche. Son parti et ceux qui le soutiennent ne s'attendent donc pas à une victoire. Il n'y a aucun suspense, reconnaissent les deux camps.

La participation comme baromètre

Il y a néanmoins une inconnue de taille : la participation. L'opposition souhaite qu'elle soit la plus faible possible pour que le président soit réélu sans gloire. Le pouvoir espère au contraire que ses appels à aller voter seront entendus. Il compte sur une participation d'au moins 45 %.

La mobilisation des Nigériens sera donc un indicateur de la réussite ou non du boycott. Un signe aussi de la confiance accordée au président Mahamadou Issoufou pour son très probable deuxième mandat.

Du côté de l'opposition, on se prépare cependant déjà à contester les résultats de la Commission électorale nationale indépendante et notamment un taux de participation qui serait jugé trop élevé.

Dans ce contexte, les jeunes qui composent la majorité des électeurs iront-ils voter ?

Les candidats ne m'intéressent pas à vrai dire. Je pense que mon avis n'est pas tellement important pour le pays. Du toute façon ils font leur affaire et on n'est pas tellement concernés.
Reportage à la sortie de l'université Abdou Mounouni de Niamey
19-03-2016 - Par Marie-Pierre Olphand

Tir corrigé pour la Céni ?

La Céni assure en tout cas avoir tiré les leçons du premier tour à l’issue duquel elle avait dû présenter ses excuses. De nombreux problèmes logistiques avaient conduit les autorités à prolonger le vote d'une journée dans plus de 600 bureaux. De nombreux bureaux n'avaient pas reçu leur matériel électoral à temps, même à Niamey la capitale.

Des dispositions ont été prises cette fois-ci, assure Maître Kadry, le vice-président de la Commission électorale. « Nous avons d’abord agi sur notre plan logistique en essayant de nous y prendre beaucoup plus tôt pour acheminer le matériel électoral à temps au niveau des régions. Et à partir de là, nous avons institué un moyen de tracer le matériel électoral jusqu’aux bureaux de vote », explique-t-il.

Une partie des problèmes logistiques du premier tour s'explique par l'incompétence de membres de la Céni. Là aussi des mesures ont été prises assure Maître Kadry. « Certains présidents des commissions n’ont pas été à la hauteur de la tâche qui leur a été confiée et nous avons pourvu à leur remplacement en en nommant d’autres plus compétents pour pouvoir assurer la fonction qui leur a été dévolue », assure-t-il.

Au total, plus d'une vingtaine de responsables locaux de la Céni ont été remerciés, dont le président de la Commission régionale de Tahoua. Reste à savoir si les membres des bureaux de vote seront eux mieux recrutés et mieux formés qu'au premier tour.

Le rapporteur général de la Céni a en tout cas suspendu sa participation au processus électoral samedi. Dans une lettre de deux pages, Maïkoul Zodi justifie sa décision : selon lui, aucune leçon n’a été tirée des ratés du premier tour. Il se dit préoccupé par l’absence de consensus et de dialogue au sein de la Céni. Et regrette que la Commission électorale veuille coûte que coûte organiser ce second tour « sans tenir compte des règles de sagesse et de prudence ».