Fosse commune de Maluku: un an après, les familles de disparus réclament justice

Le cimetière de Maluku, où 421 corps ont été inhumés le 19 mars 2015, dans la nuit.
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Il y a un an jour pour jour, dans la nuit du 18 au 19 mars 2015, les forces de sécurité ont enterré, à Maluku, des corps dans une fosse commune en lisière d'un cimetière. Le gouvernement a reconnu que 421 corps avaient bien été inhumés à cet endroit, les corps d'indigents dont les familles n'avaient pas les moyens de financer les funérailles, de cadavres non identifiées ou des bébés mort-nés. Mais cette version des faits ne satisfait ni la communauté internationale, ni les défenseurs des droits de l'homme. Certaines familles dont les proches avaient disparu pendant les manifestations de janvier 2015 et l'opération de police Likofi, avaient décidé de porter plainte et continuent aujourd'hui d'exiger que justice soit faite.

« Quand ils sont venus, ils ont cassé cette vitre-là et aussi la porte là-bas. » Cette femme n'a plus revu son fils depuis que des policiers ont fait irruption chez elle une nuit de février 2014, au tout début de l'opération Likofi qui aurait fait 80 morts ou disparus selon Human Rights Watch, au moins 41 selon l'ONU.

« Ça me fait très mal, c’est mon fils ! Je l’ai porté neuf mois dans mon ventre. Mon fils, je ne sais même pas où il est. Toutes les nuits je pleure, pour qu’ils me rendent mon fils », confie cette femme. Elle l'a cherché partout, dans les cachots, les prisons, puis les morgues. Quand, un an plus tard, elle apprend l'existence d'une fosse commune à Maluku, c'est un choc.

Autre quartier de Kinshasa. Cet homme cherche toujours son jeune frère âgé de 12 ans qui a disparu au cours des manifestations de janvier 2015. Lui aussi demande l'exhumation des corps enterrés à Maluku.

« Parce qu’on sait pas où il est. On croit qu’il est là-bas... Il est là-bas, on l’a enterré là-bas. C’est le gouvernement qui l’a arrêté et qui a fait disparaître mon petit, déplore-t-il. Donc le gouvernement est obligé de faire quelque chose. Je demande que la justice soit là. »

L'exhumation, une enquête et la justice. Un an après, c’est ce que réclament toujours les familles. Le bureau conjoint des Nations unies aux droits de l'homme et l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch continuent de réclamer une enquête pour que les familles de ceux qui ont disparu pendant l'opération Likofi et les manifestations de janvier 2015 puissent enfin connaître la paix.

Le procureur à Kinkolé a ouvert une enquête et a commencé à parler avec quelques membres des familles qui ont porté plainte mais après, le dossier, selon nos informations, a été classé sans suite et jusqu’à aujourd’hui il n’y a pas de justice pour ces familles, pas d’exhumation des cadavres dans la fosse commune à Maluku et jusqu’à aujourd’hui on ne sait pas exactement qui a été enterré dans cette fosse.
Ida Sawyer
19-03-2016 - Par Sonia Rolley