Présidentielle au Congo-Brazzaville: dans l'attente des résultats du 1er tour

Les électeurs font la queue devant un bureau de vote lors de l'élection présidentielle à Brazzaville, le 20 mars 2016.
© REUTERS/Roch Bouka

Au Congo-Brazzaville, les électeurs étaient appelés à voter au 1er tour de la présidentielle. Le président sortant, Denis Sassou-Nguesso, qui cumule 32 ans au pouvoir, affronte huit candidats. Depuis samedi minuit et jusqu'à demain lundi les communications ont été coupées : pas de sms, ni de téléphones, pour des raisons de sécurité selon les autorités. Dans le bureau de vote Angola-libre, le dépouillement s’est fait dans la vigilance. La police a dispersé 200 personnes près d'un bureau de vote.

Dans le bureau de vote Angola-libre, le dépouillement s’est fait dans la vigilance. Vigilance de la part de la population d’abord. Dans cette école, une centaine de personnes était massée pour vérifier que tout se passait bien, dans une ambiance bon enfant, certains regardant même par la fenêtre du bureau de vote avec, à la main, un stylo pour faire leur propre décompte.

Il y avait des représentants des différents candidats même si tous n’avaient pas envoyé de délégué. Vigilance de la part des forces de l’ordre aussi ici, qui ont été déployées en nombre toute la journée à Brazzaville pour vérifier notamment que seuls les véhicules accrédités circulaient. La tension est un peu montée d’un cran ce soir.

La police anti-émeute congolaise a dispersé à coup de grenades lacrymogènes près de 200 personnes rassemblées autour d'un bureau de vote du sud de Brazzaville qui insistaient pour entrer afin d'assister de près au dépouillement des urnes. Vers 18h30 heure locale, plusieurs dizaines de policiers lourdement armés ont tiré une dizaine de grenades lacrymogènes et pourchassé brièvement ces jeunes partisans du candidat d'opposition Guy-Brice Parfait Kolélas, surexcités, qui ont entonné des chansons à la gloire de leur leader jusqu'à ce qu'ils évacuent les lieux.

A l’heure actuelle, la situation est redevenue calme. Des véhicules blindés avec canons à eau sont positionnés. Toute la journée d'ailleurs, dans les quartiers où se trouvait l’envoyée spéciale de RFI, la population a voté dans la sérénité, il y avait du monde dans les bureaux de vote, plus que lors des précédentes présidentielles; beaucoup de jeunes, certains votaient pour la première fois. Il faut préciser tout de même que toutes les communications étaient coupées et le seront encore jusqu’à demain. Il est donc pour le moment très difficile de savoir, depuis Brazzaville, comment s’est déroulé le scrutin, dans les autres villes, dans l’intérieur du pays


Reportage : les candidats au 1er tour de la présidentielle ont voté

11 h 15 à l’école des Beaux-arts. Le président sortant se fraye un chemin parmi les électeurs. Il prend le temps de serrer quelques mains, puis glisse son bulletin dans l’urne sous l’œil de plusieurs diplomates. A la sortie du bureau de vote, il ne prononce pas un mot sur la coupure des communications décrétée dans le pays.

« Si, jusqu’à cette heure je n’ai pas entendu parler d’incidents, c’est que le vote se déroule bien, dans le calme et la paix. Puis, la CNEI (Commission nationale des élections officielle) donnera des résultats qui seront acceptés par tous les démocrates. La démocratie est en marche », a déclaré Denis Sassou-Nguesso.

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« Je ne sais pas ce qui se passe ! »

Une demi-heure plus tôt à l’école de la Poste de Poto-Poto à Brazzaville, le général Jean-Marie Michel Mokoko a dressé un tout autre constat : « Je ne sais pas ce qui se passe ! On n’a pas de téléphone, on n’a pas d’internet, comment voulez-vous qu’on ait le retour. Vous trouvez normal dans un pays comme le nôtre qu’on coupe le téléphone, car c’est le seul moyen pour nous de savoir ce qu’il se passe à l’intérieur du pays. »

L’opposant au pouvoir a poursuivi : « Mais je vais quand même voter pour avoir le droit de dire mon mot à la fin lorsque nous allons voir comment les résultats vont être comptabilisés. »

Finalement devant l’affluence le général promet de revenir plus tard, ne voulant « pas griller la politesse à ceux qui attendent depuis 7 heures ». Et le voilà qui se faufile dans son 4x4 aux vitres fumées.