Les Congolais aux urnes pour une présidentielle sans télécommunications

File d'attente devant le bureau de vote de l'école des Trois francs, dans le quartier de Bacongo à Brazzaville, le 20 mars 2016.
© RFI/ Manu Pochez

Les bureaux de vote ont ouvert à 7 heures, heure locale, ce dimanche, au Congo-Brazzaville. Neuf candidats sont en lice pour ce premier tour de l'élection présidentielle, dont le président sortant Denis Sassou-Nguesso et le général Jean-Marie Michel Mokoko. Ce scrutin se déroule sans téléphone ni accès à Internet, les autorités ayant imposé un black-out depuis 1h du matin.

Au Congo-Brazzaville, le scrutin de l’élection présidentielle se déroule à huis clos et dans le calme. Dans les bureaux de vote de la capitale, les électeurs sont beaucoup plus nombreux que lors des précédents scrutins.

A 7 heures ce matin, les votants ne s'étaient pas encore déplacés dans ce bureau de vote située dans l’école primaire de La Poste dans le quartier de Poto-Poto à Brazzaville. Le responsable n'était lui-même pas encore arrivé. Sur le trottoir, le panneau avec la liste des électeurs faisait état de 953 inscrits dans cet établissement.

Les jours d’élection sont ce qu'on appelle des « journées ville morte » au Congo. Seuls les véhicules dûment accrédités circulent. Mais cette fois, c’est un peu plus vrai que d’habitude puisque les autorités ont décidé un black-out sur les communications depuis une heure du matin environ, et cela devrait durer jusque demain soir. Ni accès à Internet, ni téléphone, à l’exception d’une liste de numéros triés sur le volet.

Pourquoi le gouvernement a instauré cette mesure ?

Pour justifier cette mesure, les autorités ont invoqué des raisons de sureté nationale. Une source gouvernementale a expliqué qu’il s’agissait d’éviter que des privés ne fassent des proclamations illégales des résultats.

Les représentants de l’opposition présents dans des bureaux de vote comptaient sur les télécommunications pour faire part des résultats à leur état-major et s’inquiètent de ne pas pouvoir les faire remonter comme ils l’espéraient.

Plus précisement, ils voulaient y photographier, à l'aide de téléphones portables, les procès-verbaux afin de compiler ses propres résultats et de pourvoir les comparer à ceux publiés au niveau national.

Pour eux, ce black-out n'est donc qu'une technique pour les empêcher de rassembler des preuves en cas d’irrégularités constatées.

« On se sent comme des prisonniers »

Du côté des électeurs, la mesure est également contestée.

Il y a certes ceux qui approuvent le black-out : « On peut se sacrifier un jour ou deux. Il faut arrêter les rumeurs. Il ne faut pas que certains se mettent à célébrer la victoire de leur candidat dans leur coin et que cela trouble le pays », estime un habitant. A sa droite, un de ses amis résume l’état d’esprit : « Si le chef en a décidé ainsi, c’est que c’est une bonne mesure. »

Mais il y a aussi ceux qui sont contre cette mesure, comme dans un quartier voisin, à l’école des Trois francs de Bacongo : « On se sent comme des prisonniers », répètent  plusieurs jeunes. Un autre précise : « Une élection doit être un moment d’expression libre, pas un moment de restriction. »

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20-03-2016 - Par Florence Morice

Quelques incidents constatés en milieu de journée

Un journaliste de Reuters dit avoir constaté des doublons sur les listes électorales affichées à la sortie d'un bureau de vote. Certains Congolais se plaignent également de ne pas avoir reçu leur carte d’électeur à temps et donc ne pas savoir dans quel bureau de vote ils doivent voter.

Autre incident : dans le bureau numéro deux de l’école Moussa Konda, seul un assesseur sur quatre était présent. Résultat : ce sont des représentants des partis du pouvoir comme de l’opposition qui les ont remplacés. Certains incriminent la rapidité avec laquelle le scrutin a été préparé alors que d’autres mettent en avant la coupure des communications.

Des élections plus ouvertes que les précédentes ?

De leurs côtés, les observateurs jugent pourtant cette élection plus ouverte que les précédentes dans la mesure où, contrairement aux deux dernières élections présidentielles, l’opposition a décidé de jouer le jeu.

Mais contrairement aussi à octobre dernier : la campagne qui avait précédé le référendum constitutionnel - qui permet aujourd’hui à Denis Sassou-Nguesso de se représenter -, avait été émaillée de violences et l’opposition avait boycotté le scrutin. Or cette campagne-ci s'est déroulée globalement dans le calme.

Le contraste entre les deux scrutins est d’ailleurs frappant. En cause : lors du référendum, les bureaux de vote étaient restés déserts et certains n’avaient même pas ouvert, faute d’assesseurs.

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Cette fois donc, neuf candidats sont en lice. L’un d’entre eux doit d’ailleurs voter ce matin à 10 heures dans ce bureau de vote. Il s’agit du général Jean-Marie Michel Mokoko. Ce dernier fait d'ailleurs partie des cinq candidats de l'opposition qui se sont engagés à se ranger derrière celui qui arriverait en tête.

Polémique sur les observateurs

N'ayant aucune confiance dans la Commission nationale électorale indépendante (CNEI) chargée de publier les résultats, ces cinq candidats du pacte anti-Sassou ont créé une « commission technique » parallèle pour surveiller le scrutin.

Par ailleurs, jugeant que les conditions pour un scrutin transparent et démocratique ne sont pas réunies, l'Union européenne a renoncé à missionner des observateurs électoraux. L'Union africaine, elle, en revanche, a répondu présente. Mais l’essentiel des observateurs accrédités sont issus de diverses organisations de la société civile congolaise, bien que plusieurs organisations de poids dont l'OCDH, la Commission Justice et Paix, manquent à l'appel faute d'accréditation.

Des électeurs consultent un panneau d'affichage devant un bureau de vote dans le quartier de Poto-Poto à Brazzaville, le 20 mars. © Manu Pochez/RFI