Attentat de Grand-Bassam: expatriés et artistes rendent hommage aux victimes

Sur la plage de Grand-Bassam, un homme écrit dans le sable «Je dis non au terrorisme», le 16 mars 2016.
© SIA KAMBOU / AFP

Samedi 19 mars, à l'initiative des principales associations française de Côte d’Ivoire, une cérémonie d'hommage et de soutien a eu lieu à la mairie de Grand-Bassam. Dépôt de gerbes de fleurs et discours émouvants, les quelque 17 000 ressortissants français du pays ont voulu marquer leur solidarité. Tout comme les artistes, qui ont organisé à l'Institut français d'Abidjan une soirée en l’honneur des victimes.

Un discours ému du maire de Grand-Bassam face à environ 200 représentants de la communauté française de Côte d’Ivoire. Une volonté affichée de cette communauté de dire qu’elle est, malgré cet attentat, plus que jamais Bassamoise et Ivoirienne.

Sous le soleil de plomb de la cité balnéaire, il régnait une atmosphère faite d’émotion, de solidarité et de communion. « Les gens ici sont très inquiets. On le ressent, mais on est encore sous le choc, c’est pour ça, confie un homme. Je pense que la vie va reprendre son cours. Ça va repartir parce qu’il faut faire confiance. Mes voisins, je les connais bien, les artisans, ont été très satisfaits qu’on fasse une cérémonie comme ça en l’honneur de et pour les Ivoiriens. »

Le maire de Grand-Bassam, Georges Philippe Ezaley explique qu'il « s’attendait peut-être à une poignée de personnes et là, vraiment, c’est toute la communauté française avec à sa tête l’ambassadeur lui-même, le consul général. Cela nous fait très chaud au cœur », avoue-t-il.

Léa Agbo Somet, présidente de l’association Français du monde, considère que ce geste de solidarité est « tout à fait naturel ». « Nous sommes "parents" », estime-t-elle. « Déjà nous avons des membres de la communauté qui sont décédés. Nous avons des proches ivoiriens qui ont perdu des parents. Nous avons perdu des proches. Donc ce sont toutes les communautés qui sont concernées, y compris la nôtre, souligne Léa Agbo Somet. Dans ce genre de situation, il n’y a pas à dire "les Ivoiriens et les Français". On est tous ensemble et on a tous été frappés de la même manière. »

Les artistes mobilisés à l'Institut français d'Abidjan

Il est 18h et les tambours résonnent à l'Institut français d'Abidjan. Poètes, musiciens, plasticiens, danseurs, tous sont présents. A travers des spectacles riches en couleur, les artistes ont tenu à dire un dernier au revoir à leurs amis et à toutes les victimes lâchement tuées sur la plage de Grand-Bassam.

Au milieu de ce drame, les créateurs ont voulu célébrer la vie, rappelle Josué Guebo, président l'Association des écrivains de Côte d'Ivoire. « Les créateurs sont des passeurs d’espoir, mais aussi des créateurs de vie, insiste-t-il. Et devant la mort qui veut s’imposer comme le paradigme de notre existence, il nous a semblé important de célébrer la vie. Il est important de célébrer toutes ces personnes qui deviennent donc des martyrs de la liberté. »

Les artistes ivoiriens se sont montrés particulièrement touchés par ces attentats. Parfois en larmes, ils ont aussi célébré la directrice de l'institut Goethe d’Abidjan, retrouvée parmi les victimes. La douleur de la mort de cette femme de culture est palpable.

Cependant, il n'est surtout pas question d'arrêter de vivre. Gadoukou La Star, chanteur et chorégraphe ivoirien, insiste sur cette nécessité. « On s’est tous mobilisés, tous les danseurs, tous les artistes pour essayer de donner un grand spectacle et un au revoir de façon sincère à toutes ces personnes qui sont parties ce jour-là, explique-t-il. Je n’arrive pas à croire que c’est arrivé. [Mais] nul ne peut empêcher notre amour de vivre. »

L'attentat de Grand-Bassam est la première attaque terroriste dans le pays. Cette célébration est donc pour les artistes une façon de marquer leur opposition à cette barbarie.