Présidentielle au Congo-Brazzaville: huit candidats face à Denis Sassou-Nguesso

Images de campagne.
© Manu Pochez / RFI

Pour la quatrième fois de son histoire démocratique, le Congo-Brazzaville organise une élection présidentielle ce dimanche 20 mars. Neuf candidats, dont une femme et le président sortant Denis Sassou-Nguesso prennent part à ce scrutin qui a entre autres enjeux, le taux de participation. Environ 2 millions d'électeurs vont voter entre 7h et 18h, heure locale, dans près de 5 370 bureaux sous l'œil des observateurs.

Près de cinq mois après le référendum du 25 octobre dernier, les Congolais sont à nouveau convoqués aux urnes pour élire celui ou celle qui va présider aux destinées du Congo au cours des cinq prochaines années. Ils sont environ deux millions d'électeurs qui vont voter entre 7h et 18h, heure locale dans près de 5 370 bureaux de vote répartis sur l'ensemble du territoire national.

Contrairement aux précédents scrutins, les organisateurs proposent un bulletin unique sur lequel on retrouve les photos, logos ou emblèmes des neuf candidats qui ont bouclé il y a deux jours une épuisante campagne qui leur a permis de toucher les électeurs, même les plus indécis.

Des neuf candidats, seul le président sortant Denis Sassou-Nguesso a pris part à toutes les échéances depuis l'ouverture du pays au multipartisme au début des années 1990. Deux autres tentent respectivement l'aventure pour la deuxième et la troisième fois. Les six autres prétendants en sont à leur premier essai.

Une opposition recomposée

C'est une opposition recomposée qui affronte Denis Sassou-Nguesso. Une opposition qui en plus de ses figures traditionnelles comme Pascal Tsaty Mabiala a été rejoint par plusieurs transfuges du pouvoir. Parmi les candidats, trois sont des anciens ministres du président sortant. Deux l'étaient encore il y a peu : Claudine Munari, et Guy Brice Parfait Kolelas, révoqués en août dernier pour s'être opposés au référendum constitutionnel qui permet aujourd'hui à Denis Sassou-Nguesso de se représenter. Le troisième, André Okombi Salissa, connaît lui aussi parfaitement le camp présidentiel. Il était même l'un des piliers de la campagne du parti au pouvoir en 2009. Un homme qui plus est issu du nord du pays.

Car c'est là la deuxième nouveauté de ce scrutin, note le chercheur Etanislas Ngodi. Deux des principaux candidats sont issus du nord, traditionnellement considéré comme acquis à Denis Sassou-Nguesso. Le deuxième, c'est le général Jean-Marie Michel Mokoko, dont la candidature en a surpris plus d'un, lui l'ancien chef d'état-major, perçu comme un loyaliste républicain. Reste à savoir si en dépit de moyens très réduits comparés à ceux du président sortant et d'un calendrier accéléré qui en a pris plus d'un de court, ces candidats sauront mobiliser dans les urnes.

Cinq des candidats de l'opposition se sont engagés à se ranger derrière celui qui arriverait en tête. La présidentielle est une élection au suffrage universel direct. Le candidat qui obtient la majorité absolue des voix l'emporte au premier ou au deuxième tour. En 2009, les résultats avaient été publiés trois jours après le vote.


Qui pour observer le scrutin ?

A un mois du scrutin, l’Union européenne annonçait son refus d’envoyer des observateurs. Cette annonce avait fait l’effet d’un pavé dans la mare. Aujourd’hui, la CNEI, la Commission nationale des élections officielles, dont l’indépendance est remise en cause par l’opposition, annonce près de 1 200 observateurs, nationaux et internationaux. Mais avec des absents de taille.

Parmi ceux qui ont répondu présents, il y a l’Union africaine. Après avoir hésité, l’UA déploie finalement une trentaine d’observateurs dans les grandes villes du pays.

L’Union européenne ne sera pas tout à fait absente. Une vingtaine de ses diplomates sillonneront les bureaux. Une petite victoire aux yeux du président de la CNEI, la preuve pour lui que les Européens ont « finalement changé d’avis ». Mais l’UE s’en défend et insiste : il s’agit d’une représentation diplomatique, pas d’une mission d’observation qui exige, elle, des mois de préparation et des garanties sur le scrutin qui aux yeux de l’UE « ne sont pas réunies ».

En fait, l’essentiel des observateurs accrédités seront issus de diverses organisations de la société civile congolaise. Mais avec des absents de poids tels que le Réseau pour la paix et les droits de l’homme (RPDH), l’Organisation congolaise des droits de l’homme (OCDH) ou encore la Commission justice et paix, considérées comme les plus indépendantes du pays. « Ces dernières semaines, nous avions formé 1 090 observateurs, mais ils n’ont pas reçu d’accréditation », se désole Brice Mackosso, figure de cette société civile. A la CNEI, on évoque un problème de timing. « Ils s’y sont pris trop tard, explique l’un des vice-présidents de la Commission. Et nous le regrettons, car, il insiste, plus il y a d’observateurs et plus nous sommes contents ».