Présidentielle au Bénin: fermeture des bureaux de vote, dépouillement en cours

Un homme glisse son bulletin de vote dans l'urne, dans un bureau de Cotonou, le 20 mars 2016.
© PIUS UTOMI EKPEI / AFP

Les bureaux de vote viennent de fermer au Bénin et le dépouillement est en cours. 4,7 millions d'électeurs ont été appelés aux urnes ce dimanche 20 mars pour le second tour de l'élection présidentielle. Les votants ont choisi entre le Premier ministre Lionel Zinsou et l'homme d'affaires Patrice Talon, pour succéder à Thomas Boni Yayi, qui achève son deuxième mandat. Leur écart est faible à l'issue du premier tour et le suspense reste entier.

Les bureaux de vote ont fermé à 16 heures au Bénin et le dépouillement est en cours. Chacun attend les résultats avec une grande impatience. La Commission électorale a annoncé donner les grandes tendances d’ici mardi ou mercredi au plus tard.

« Il y a eu moins d’affluence qu’au premier tour, cependant en zone rurale l’affluence est plus marquée qu’à Cotonou », a déclaré en début d’après-midi Kabiné Komara, ancien Premier ministre guinéen et chef de la mission d’observation électorale de la CEDEAO.

Même si la mobilisation des électeurs est peut-être moins marquée qu’au premier tour, elle a tout de même été au rendez-vous dans les bureaux de vote de Cotonou pour le second tour de l’élection présidentielle. Les électeurs sont venus en fin de matinée après la messe du dimanche matin, quelques-uns avec un rameau à la main, car la journée de vote est une fête pour les Béninois.

« Nous sommes fiers de notre démocratie »

Les électeurs ont été fiers de pouvoir voter librement et sans pression, « c’est une chance, a expliqué un électeur, on sait que ce n’est pas toujours le cas en Afrique, nous sommes fiers de notre démocratie ».

A Cotonou, « les bureaux ont tous ouvert à l’heure, le matériel était sur place, le personnel est bien formé cette fois-ci. Tout s’est fait dans le calme, le processus est fluide », a ajouté Kabiné Komara.

Ecouter la réaction Kabiné Komara
20-03-2016 - Par Carine Frenk

Tout était en place

Dans le centre de vote de l’école de Fidjrossé-centre, un quartier populaire non loin de l’aéroport de Cotonou, le premier votant a glissé son bulletin dans l’urne à 7 heures pile. Même chose dans un autre quartier populaire, à la sortie de Cotonou.

Tout était en place. Sur le bulletin unique, la photo et le logo des deux finalistes. Les représentants des deux candidats étaient bien présents, ceux de la Cour constitutionnelle aussi.

Lors du premier tour, à cause des polémiques sur la distribution des cartes d’électeurs, de nombreux Béninois étaient assez inquiets en début de journée. Puis l’inquiétude s’était peu à peu dissipée. Aujourd’hui on ne ressent aucune appréhension particulière mais au contraire une grande sérénité chez les électeurs. Ils sont « impatients d’accomplir leur devoir citoyen », comme ils aiment à le dire. Ils ont tous fait leur choix, ils semblent sûrs d’eux, mobilisés, déterminés et vigilants.

Vote à Abomey-Calavi

Calavi est la commune la plus peuplée du Bénin et se trouve dans le département qui compte le plus d’électeurs, plus de 700 000. Au centre de vote de la Liaison du peuple, dans l’enceinte de la mairie de Calavi, les onze bureaux de vote ont tous ouvert à 7 heures, ou un petit peu après. Ils sont installés à l’extérieur dans une grande cour à l’ombre des arbres. Tout le matériel était là.

Les représentants des deux candidats étaient aussi présents dans tous les bureaux de vote. En revanche, pas les représentants de la Cour constitutionnelle. Ils n'étaient donc pas partout.

Et les électeurs eux étaient déjà sortis, nombreux. Dès 6h30, ils attendaient. Parmi ces électeurs matinaux, des dames bien habillées venues avant d’aller à la messe, des amis en tenue de sport qui revenaient de leur activité et beaucoup de jeunes qui restaient dans la cour de la mairie pour discuter.

Les membres du bureau de vote sont accueillants, ils connaissent leur boulot, ils ont été bien formés
Ecouter les premières réactions des électeurs à Cotonou
20-03-2016 - Par Carine Frenk


Possibilité de fraudes ?

Comme pour le premier tour, les électeurs pouvaient voter soit avec l’ancienne carte d’électeur, celle de 2015, soit avec la nouvelle. Et les Béninois accomplissaient les uns après les autres leur devoir citoyen. Ils émargeaient après avoir voté.

La plateforme électorale des organisations de la société civile du Bénin a cependant dénoncé des tentatives de bourrages d’urnes dans les départements des Collines et de l’Atakora.

A Cotonou, beaucoup d’électeurs se disaient très vigilants. Ils affirmaient d’ailleurs qu’ils allaient venir assister au dépouillement.

En cause : les inquiétudes concernent plutôt l’après-dépouillement, la période de la compilation et l’annonce des résultats. Les Béninois le disent : « Il faut que nos institutions respectent le choix des électeurs, la Commission électorale, la Cour constitutionnelle. »

Suspense total

Le scrutin s'annonce très ouvert. Seulement 100 000 voix séparent les deux finalistes. Les deux candidats ont donc tous les deux des chances de l'emporter. L'actuel Premier ministre, Lionel Zinsou, arrivé en tête du premier tour avec 27,11% des suffrages et l'homme d'affaires Patrice Talon, arrivé en seconde position avec 23,52%.

Lionel Zinsou, le candidat de la continuité, est soutenu par les trois principaux partis du pays. Mais face à lui, l’homme de la rupture, Patrice Talon, semble maintenant tenir la corde puisqu’il a obtenu le ralliement de plus d’une vingtaine de candidats malheureux du premier tour : notamment celui du patron des patrons, Sébastien Ajavon, le troisième homme d’Abdoulaye Bio Tchané et de l'ancien Premier ministre, Pascal Irénée Koupaki.

Lors du premier tour, les électeurs ont prouvé qu’ils ne suivaient pas forcément les consignes de vote, qu’elles viennent de leurs partis politiques ou de leurs leaders. Le suspense reste donc entier. Les Béninois attendent tout simplement de vivre un grand moment de démocratie et ils en sont plutôt fiers.