Présidentielle au Niger: peu d'affluence dans les bureaux de vote

Une affiche électorale de l'opposant Hama Amadou, dans les rues de Niamey, le 27 février 2016.
© AFP/Issouf Sanogo

Au Niger, le second tour de la présidentielle cristallise toutes les attentions. A l'affiche de cette journée d'élection : l’opposant Hama Amadou, toujours soigné en France, et Mahamadou Issoufou, le chef d'Etat sortant. L'opposition a d'ores et déjà prévenu qu'elle contesterait les résultats du scrutin. Elle appelle d'ailleurs tous ses partisans à ne pas aller voter et estime que les deux candidats ne se battent pas à armes égales. Reste à savoir si cet appel sera suivi, alors que la participation reste l’enjeu principal de ce scrutin.

A l’école Terminus, au centre de la capitale, les opérations de vote ont débuté dans deux bureaux, avec trente minutes de retard, aux alentours de 8h30. A cette heure, un troisième bureau était encore fermé, faute de personnel. Il manquait deux assesseurs.

En revanche, le matériel électoral était là : l’encre sèche, l’encre indélébile, les urnes, les bulletins uniques avec les photos des deux candidats. Dans ce bureau de vote, au premier tour, le matériel avait été déployé avec plus d’une heure de retard. Des dispositions ont donc manifestement été prises cette fois-ci.

RFI a constaté par ailleurs un problème de personnel dans la quasi-totalité des bureaux de vote où notre correspondante s’est rendue. Il manquait un, deux ou trois assesseurs. Ils ont dû être remplacés à la volée par des électeurs ou membres de bureaux.

Comme prévu, les délégués et les observateurs du parti de Hama Amadou ne se sont pas présentés dans les lieux où se tiennent le scrutin, dans la capitale et à Tahoua, ville fief du président sortant.

Faible participation à la mi-journée à Niamey et Tahoua

A Niamey, les électeurs ne se bousculent pas. La participation est clairement plus faible qu’au premier tour, selon les responsables des bureaux de vote.

A l’école Reite, au centre-ville, où seulement une poignée d’électeurs se sont présentés depuis une demi-heure : la participation oscille entre 10% et 20% à la mi-journée.

A 12 heures sur la rive droite du fleuve Niger, le constat est le même que ce soit dans le quartier du Pont Kennedy ou celui du Saguia. Il n’y a pas de files d’attente, les électeurs viennent au fur et à mesure.

Dans la capitale, ceux qui se déplacent sont clairement des soutiens du président Issoufou. Certains ont d’ailleurs été aidés pour venir voter. RFI a pu voir ce matin des militants du parti au pouvoir jouer les taxis et faire des allers-retours pour déposer des électeurs.

→ A (RE)LIRE : Elections au Niger: ce qu’il faut retenir du premier tour du scrutin

A Tahoua, le fief de Mahamadou Issouffou, les électeurs sont également moins nombreux à voter.

Le sentiment qu’il n’y a pas autant d’engouement qu’au premier tour règne dans cette ville à l’ouest du pays. La cause : les Nigériens estiment que les jeux sont déjà faits et qu’il n’y a pas d’enjeu véritable.

Mais du point de vue des organisations, ce deuxième tour est presque parfait. Les bureaux de vote ont ouvert à l’heure et disposent de tout ce qu’il faut, y compris dans les zones reculées. Aucun incident n’a été en tout cas signalé jusqu’ici.

Pour le moment, il n’y a pas grand monde effectivement, mais bon je pense que comme la fois dernière, l’affluence va crescendo au fur et à mesure que la journée avance. C’est un devoir qu’on doit en tout cas accomplir.
Les premiers électeurs témoignent dans un bureau de vote à Niamey
20-03-2016 - Par Marie-Pierre Olphand

L’opposition boycotte l’élection

L'opposant Hama Amadou n’a pas retiré sa candidature. Il figure donc sur les bulletins de vote. Mais son parti et ceux qui le soutiennent ont décidé de bouder ce second tour. Ils ont demandé à leurs militants de ne pas se rendre aux urnes, de rester chez eux, de prier.

L’opposition dénonce un passage en force du pouvoir et qualifie ce scrutin de « bricolage électoral ». Elle dit déjà qu’elle ne reconnaîtra pas les résultats qui sortiront des urnes et demandent de nouvelles élections. Le pouvoir, lui, bien sûr, espère mobiliser ses partisans pour asseoir la victoire annoncée du président Issoufou.

L’enjeu n’est pas tant le nom qui sortira de ce scrutin sans grand suspense, mais le taux de participation. Ce taux va dire si le boycott a fonctionné, même si le camp de Hama Amadou se méfie déjà de la participation qui sera annoncée par la Commission électorale. Sachant surtout qu’hier, samedi, le rapporteur général de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) a décidé de suspendre sa participation au processus électoral. Maikoul Zodi, justifie sa décision par le manque d'évaluation des problèmes logistiques du premier tour de la présidentielle.


Le chef de l'Etat sortant a voté dans la capitale

Le président Issoufou a voté ce matin au bureau 00 à l’hôtel de ville de Niamey. Sans parler précisément de lui, il a demandé au prochain président de rassembler au-delà de son propre camp.

« Cinq ans, un seul mandat, ce n’est pas suffisant », a-t-il enfin dit pour défendre sa candidature. « Les défis sont nombreux, à commencer par le défi sécuritaire », a rappelé le chef de l’Etat. Une allusion aux deux dernières attaques terroristes qui ont frappé le Niger à ses frontières jeudi 17 mars.