Présidentielle au Tchad: polémique sur le temps de parole accordé aux candidats

Dix des quatorze candidats à l’élection présidentielle du 10 avril 2016 sont en désaccord avec le temps de parole qui leur a été accordé dans les médias publics (photo d'illustration).
© F1jmm HENRY Bruno/CC/Wikimedia Commons

Au Tchad, l'élection présidentielle doit se dérouler le 10 avril mais sa préparation suscite des grincements de dents. Dix candidats à l'élection présidentielle ont quitté, samedi 18 mars, la cérémonie de signature du code de bonne conduite proposé par le Haut Conseil de la communication (HCC) aux prétendants à la présidentielle. Ils ont ainsi montré leur désaccord avec le temps d'antenne que leur a accordé l'Autorité de régulation.  

Alors qu’ils étaient conviés à la signature du code de bonne conduite pendant la campagne électorale, dix des quatorze candidats à la présidentielle du 10 avril prochain ont protesté contre le temps d’antenne qui leur a été accordé dans les médias publics le temps de la campagne.

Après quelques échanges, le président du Haut Conseil de la communication, Mouctar Wawa Dahab, s’est mis à lire son discours de circonstance mais il sera interrompu.

« Pendant que je faisais mon discours, une tête de pont de l’opposition s’est levée, a entraîné les autres et ils ont quitté la salle. Nous avons pris acte. Et comme ils l’ont dit, le dialogue continue. Nous aussi, nous sommes ouverts », a précisé le président du Haut Conseil de la communication.

Pour le chef de file de l’opposition, Saleh Kebzabo, ce n’est pas le code de bonne conduite mais le schéma proposé par le HCC qui ne convient pas aux candidats.

« Habituellement, et ce depuis la présidentielle de 1996, les candidats ou leurs représentants disposent d’un temps d’antenne tous les jours pendant toute la campagne pour exposer leur programme. Là, cette fois-ci, ce n’est pas le cas et nous avons donc demandé une explication », a rappelé le leader de l’opposition dont la demande d’explication ne trouvera pas de réponse.

Finalement seul le représentant du chef de l’Etat sortant a signé le code de bonne conduite.

Mise en garde du ministre de l’Intérieur

La campagne électorale s’ouvre ce dimanche 20 mars dans un contexte de menace terroriste. Le ministre de la sécurité publique met d'ailleurs en garde contre les risques d'attentats terroristes pendant cette campagne. Une mise en garde qui concerne aussi les associations de la société civile, notamment les coalitions Lyina et Ca suffit qui entendent organiser des marches contre la candidature d'Idriss Déby, prévues le 22 et le 29 mars. Toute manifestation autre que dans le cadre de la campagne « est interdite », prévient le ministre de l'Intérieur, Ahmat Bâchir.

« Le ministère de la Sécurité publique et de l’immigration qui a en charge le maintien de l’ordre et de la sécurité sur l’ensemble du territoire national en appelle à la vigilance et à la collaboration de tous les citoyens face aux menaces terroristes qui ne sauraient être occultées », a déclaré le ministre de l’Intérieur.

« Aussi, ne sont autorisées, pendant cette période électorale, que les manifestations de soutien aux différents candidats. Le ministère de la Sécurité publique et de l’immigration invite, en conséquence, les candidats et leurs soutiens à solliciter l’appui des forces de l’ordre, lors de leurs réunions publiques. Toutes les autres manifestations publiques qui sortent du cadre de la campagne électorale, sont purement et simplement interdites », a averti Ahmat Bâchir.

Pour Nadjo Kaina, président de l'Union nationale des étudiants du Tchad et leader des coalitions de la société civile, cette annonce vise directement les coalitions de la société civile qui entendent organiser des marches pacifiques pendant la campagne électorale afin d'exprimer leur opposition à un cinquième mandat du président Idriss Déby.

La Constitution permet dans son article 27 la liberté de manifester, la liberté d’association. Le peuple peut s’opposer à tout régime qui fonde son pouvoir sur l’arbitraire, l’injustice et la confiscation du pouvoir.
Nadjo Kaina
20-03-2016 - Par RFI