Présidentielle au Bénin: Patrice Talon, les explications d'une victoire

Patrice Talon (au centre de l'image en chemise blanche) à Cotonou, le 20 mars 2016.
© REUTERS/Charles Placide Tossou

Au Bénin, c'est bien l'homme d'affaires Patrice Talon qui a remporté le second tour de la présidentielle. Il l’emporte avec 65,39 % des voix contre 34,61 % pour son adversaire Lionel Zinsou, pour un taux de participation de 65,57 %, selon les résultats communiqués, ce lundi 21 mars, par la Commission électorale.

Ce lundi 21 mars, Cotonou s’est réveillée comme soulagée. La ville est calme. On entend des klaxons de temps à autre, quelques cris de joie pour saluer la victoire de Patrice Talon. Mais c’est vraiment ce sentiment de soulagement qui domine. C’est la première fois au Bénin qu’un candidat reconnaît sa défaite avant la publication officielle des résultats.

Ce matin, beaucoup de Béninois saluent le geste de Lionel Zinsou, un acte qui va au-delà du simple fair play. « Il vient de prouver qu’il aimait ce pays. Cela fait baisser la tension et cela grandit la démocratie béninoise », s’exclamaient ce matin des conducteurs de taxis-motos.

Il faut savoir que l’impatience était immense depuis hier dans le pays, depuis le dépouillement. Et qui dit impatience, dit aussi inquiétude et rumeurs, car c’est justement cette phase de compilation et d’annonces des résultats qui est perçue comme la phase la plus délicate du processus. Il suffit parfois de pas grand-chose pour que la situation ne s’embrase.

Pas une surprise

Maintenant, il convient de dire que cette victoire de Patrice Talon n’est pas une surprise. Patrice Talon a su incarner cette coalition de la rupture. Il avait obtenu le soutien de plus d’une vingtaine des candidats du premier tour, notamment celui du troisième homme, Sébastien Ajavon. Et ce large rassemblement, on l’a ressenti pendant toute la journée de vote, le dimanche 20 mars à Cotonou, où Patrice Talon a enregistré de très bons résultats.

Et puis les électeurs l’ont dit, ils ne voulaient pas de Lionel Zinsou. Le Premier ministre a eu beau se présenter en digne fils du pays, on le voyait en tenue traditionnelle sur ses affiches et pendant les débats télévisés, mais rien n’y a fait. Au contraire, loin de convaincre, cela a semble-t-il conforté son image de parachuté par la France, où il est né et où il a effectué une grande partie de sa carrière. Il était même la plume de Laurent Fabius dans les années 1980. Cette candidature imposée par Thomas Boni Yayi valait donc, pour beaucoup de Béninois, un troisième mandat déguisé en faveur du président sortant.

Il faut dire également que Lionel Zinsou n’a pas su non plus se démarquer. Il a joué la carte de la continuité. On pourrait presque dire qu’il s’est enfermé dans cette stratégie. Puis, ce qui lui a sans doute desservi aussi, c’est l’attitude du président sortant : au lieu de prendre de la hauteur, de rester en retrait, Thomas Boni Yayi s’est impliqué dans la campagne. Il a fait de nombreux meetings, tenant des propos insultants envers ses adversaires, ce qui a choqué un grand nombre d’électeurs.

Surfer sur la vague

Patrice Talon, lui, n’avait plus qu’à surfer sur la vague. Il a mené une campagne méthodique, une campagne très habile, faisant le choix de la proximité, du terrain, promettant s’il est élu de ne faire qu’un seul mandat.

On s'en souvient, lors du premier tour, il était venu voter à bord de son coupé Porsche dans le quartier populaire de Zongo à Cotonou. Cette image de riche homme d'affaires qui a réussi, il la cultive, et elle fascine chez les jeunes, notamment dans un des pays les plus pauvres au monde. Son succès dans les affaires a sans doute été l'un de ses atouts dans la campagne électorale, beaucoup de jeunes béninois voient en lui l'homme qui pourra créer des emplois et de la richesse.

Justement, c'est sur le slogan de la rupture que Patrice Talon a mené sa campagne. En promettant notamment encore hier soir, avant même l'annonce des résultats, qu'une énorme responsabilité l'attendait : sortir le pays de la misère.

Mais Patrice Talon aura aussi concentré les critiques. Comment incarner la rupture quand, pendant dix ans, on s'est octroyé le monopole de la filière nationale du coton et financé les deux dernières campagnes électorales du président sortant Boni Yayi ?

Rupture « personnelle »

Justement, c'est sa rupture « personnelle » avec Boni Yayi qui l'a peut-être sauvé. Celui qui traîne sept plaintes pour crimes économiques et des accusations de tentatives d'assassinats et de coup d'Etat contre le président sortant a su se retourner au bon moment contre son ancien mentor.

Interrogé sur RFI la semaine dernière, sur le soutien que lui apportent d’anciens cadres du régime Boni Yayi, Patrice Talon avait rétorqué avec véhémence : « Je préfère m'allier avec des gens qui se rendent compte de leurs erreurs ». A Paris, le président français François Hollande s'est félicité du « déroulement pacifique » de l'élection présidentielle au Bénin et a adressé, dans un communiqué de l'Elysée, « ses meilleurs voeux de réussite » au président élu.