Présidentielle au Niger: boycott massif et faux suspense

Dépouillement à Niamey, le 20 mars 2016.
© ISSOUF SANOGO / AFP

Les Nigériens ont voté, hier dimanche 20 mars, pour élire leur président. Un second tour qui opposait le président Mahamadou Issoufou et Hama Amadou, l’ancien président de l’Assemblée nationale, en prison depuis quatre mois et actuellement en France pour des soins. La coalition de partis qui soutient la candidature de ce dernier avait appelé ses électeurs à ne pas se rendre aux urnes. Un mot d’ordre suivi dans la capitale, fief de l’opposition. Mais, pour l’instant, aucun chiffre significatif de participation n’a été donné par la Commission électorale.

Il est 19 heures à l’école Yantala 2 de Niamey ce dimanche 20 mars. Il n’y a plus aucun électeur dans la cour. Le dépouillement commence sans attendre, à la lampe torche, sous le regard attentif de deux militaires : « Nous avons eu 58 électeurs sur 449 électeurs ». La participation dans ce bureau comme dans les autres de cette école est faible. Elle n’a rien à voir avec celle du premier tour.

Les résultats sont sans appel, le boycott a été suivi dans ce fief de l’opposition. Et le dépouillement se termine en un quart d’heure. Les membres du bureau se concertent pour remplir le procès-verbal : « Nombre d’électeurs inscrits sur la liste électorale ayant voté ? », demande l'un des assesseurs. « Sur la liste électorale, ayant voté, nous en avons 52 », répond un autre. Les PV sont rangés dans l’urne qui sera acheminée par des militaires au centre de compilation.

Les bulletins vierges, eux, sont brûlés à même le sable derrière le bureau de vote, mais pas tous. Des enfants en récupèrent des piles pour jouer, sous le regard indifférent des membres du bureau de vote.

« Scrutin couplé »

Pour maître Oumarou Sanda Kadri, le vice-président de la Céni, les raisons de cette faible participation au second tour résideraient dans les enjeux : « On a tendance à oublier qu’au premier tour, il s’agit d’un scrutin couplé, la présidentielle et les législatives. Les enjeux étaient très importants, ce qui a fait que l’engouement a été beaucoup plus important. »

De son côté, Clément Kokou, coordonnateur de l'organisation ouest-africaine Wanep, veut retenir que, « globalement dans l’ensemble, par rapport au premier tour, les choses se sont très bien passées, il y a eu vraiment des améliorations de la part de la Céni. Maintenant concernant l’ouverture des bureaux de vote, sensiblement ils ont ouvert aujourd’hui sur l’ensemble du territoire à l’heure. Et le matériel électoral aussi a été mis en place bien avant ce dimanche. »

Pour lui, le boycott a été bien suivi : « Que ce soit à Niamey ou à l’intérieur, il y a eu une faible participation de la population. Sur l’ensemble des bureaux de vote, qui ont été observés par Wanep et ses partenaires, il n’y a aucun vote pour le représentant du deuxième candidat, le candidat de l’opposition. Donc ça veut dire que ce boycott a vraiment été suivi. »