Bénin: les défis qui attendent Patrice Talon

Patrice Talon: « C’est avec plaisir que je rencontrerai Thomas Boni Yayi».
© RFI/Carine Frenk

Elu président, Patrice Talon n'aura pas beaucoup de temps pour fêter sa victoire. La passation de pouvoir est prévue le 6 avril et déjà quelques questions importantes se posent.

Première question : comment va-t-il gérer le pouvoir ? Elu grâce au soutien d'un nombre pléthorique de candidats, le nouveau président va devoir nommer ses ministres sans laisser trop de monde au bord de la route ; mais Patrice Talon parle déjà d'un gouvernement restreint.

Autre question connexe : quels seront ses rapports avec Sébastien Ajavon, le patron des patrons. Fort de sa troisième place, l'homme d'affaires a pris de l'importance et ses ambitions demeurent intactes pour l'avenir, selon son entourage. Patrice Talon va-t-il laisser grandir un futur adversaire potentiel  ? Y a-t-il eu un accord entre les deux hommes ?

Pas de majorité à l’Assemblée nationale ?

Autre difficulté et non des moindres : telle que la situation se présente, le nouveau chef de l'Etat ne disposera pas d'une majorité à l'Assemblée nationale puisque les grands partis politiques, les Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE), le Parti du renouveau démocratique (PRD) et la Renaissance du Bénin (RB) ont soutenu Lionel Zinsou. Or, le chef de l'Etat n'a pas le pouvoir de dissolution. La majorité va se recomposer d'elle-même, affirme un proche.

Patrice Talon n'est pas un politicien, mais il connaît la vie politique de son pays pour l'avoir côtoyée de très près depuis de longues années, explique l'un de ses porte-paroles, Joseph Djogbénou : « C'est sa force, ce ne sera pas sa faiblesse. »

Le président nouvellement élu a donné, lundi soir, un rapide point de presse. Interrogé sur ses rapport avec le président sortant Thomas Boni Yayi, Patrice Talon indique qu’il « serait de bon ton pour nous-mêmes, pour les Béninois, qu’une certaine convivialité, je dirais même une certaine amitié, s’affiche. Puisque, comme vous le savez, Thomas Boni Yayi était un ami. Ce qui nous a opposés, c’est désormais du passé. Donc, il n’y a plus de raisons que nous soyons adversaires. C’est avec plaisir que je le rencontrerai. C’est avec plaisir que j’échangerai sur ce différend que nous avons eu. Puis il me donnera des conseils parce qu’il a eu une charge, je sais très difficile. La campagne a été un peu dure par moment parce que le président a soutenu activement son dauphin, parfois avec quelques dérapages. »

Un coup de fil qui fait l’actualité

On n'a pas fini de parler au Bénin de ce coup de téléphone de Lionel Zinsou en pleine nuit pour reconnaître sa défaite et féliciter le vainqueur avant même la publication officielle des résultats. Cela a mis immédiatement fin aux rumeurs, aux suspicions de fraudes, à la tension qui commençait à monter. Pour les militants qui ont soutenu l'homme de la rupture, la joie est immense.

Ce Béninois se dit « très content depuis hier. Je n’ai même pas dormi ». De son côté, cette Béninoise reste vigilante : « On va montrer à Yayi qu’on n’est pas des moutons, on ne va pas nous conduire comme des bébés comme ça. Nous, on est des hommes de principe et des hommes de droit. Et on ne peut pas nous imposer quelqu’un. Parce qu’on est fatigués de lui. On a trop de problèmes. Les enfants sont à la maison, ils n’ont pas trouvé de boulot. Ils ont des diplômes et ils sont à la maison. Nous, les femmes, on ne vend plus. Il faut que l’argent coule dans le pays. »

« Nous au Bénin, on fait la démocratie claire, indique encore cet autre homme. Le Premier ministre Lionel Zinsou, on le félicite. Il ne faut pas que ses militants soient déçus. Ils vont rester avec nous. Nous allons travailler ensemble ». D’ailleurs, « il faudra que le geste du Premier ministre serve vraiment d’exemple pour les autres pays africains », souligne pour sa part ce supporter de Patrice Talon. Tous reprennent en cœur ce slogan : « Allez Talon, nouveau départ ».