Bénin: Patrice Talon, le président de la rupture?

Autoproclamé «candidat de la rupture», Patrice Talon peut-il être le président du changement?
© PIUS UTOMI EKPEI / AFP

Donné vainqueur de la présidentielle avec plus de 65% des voix, Patrice Talon a devancé largement Lionel Zinsou, l’actuel Premier ministre. Celui qui a fait fortune dans le coton et se présentait en candidat de la rupture a fait de la bonne gouvernance un thème central de sa campagne. Peut-il être l’homme du changement ?

Tout le monde le reconnaît, l'homme d'affaires Patrice Talon a su mener une campagne efficace et discrète sur le terrain. Afin de rallier un maximum de soutiens, il a mis en avant son profil d'entrepreneur et de gestionnaire, présentant ces qualités comme autant d’atouts pour diriger le pays. L’argument a été d’autant plus efficace que, comme le souligne le journaliste béninois Francis Kpatindé, le bilan du président sortant Boni Yayi est marqué par « la régression à tous les niveaux : [du respect] des droits de l’homme à l’état de l’économie, en passant par les scandales ».

Dès lors, il a été aisé à Patrice Talon de se poser en recours face à un Lionel Zinsou, soutenu ouvertement par Boni Yayi. C’est donc moins la personne de Lionel Zinsou et le fait qu’il soit métis qui a fait fuir les électeurs que le soutien que lui a apporté le chef de l’Etat, conclut le journaliste. Mais Patrice Talon, qui était jusqu'en 2012 l'allié et le soutien financier du président Boni Yayi, avant de tomber en disgrâce, peut-il incarner la rupture pour les Béninois ? C’est en tout cas ce qu’il revendique.

Cinq ans, c’est tout ?

Ne s’attardant pas sur ses liens avec le président sortant, Patrice Talon, - avec le soutien de nombreux dissidents du camp Boni Yayi - a centré sa campagne sur le changement. Le mot « rupture » est devenu son leitmotiv. Dans le viseur du candidat Talon il y a, entre autres, la tendance de certains chefs d'Etat à modifier la Constitution de leur pays pour rester au pouvoir. Interrogé le 16 mars dernier sur RFI sur ses intentions après son mandat de cinq ans, celui qui n’était encore que candidat se montrait catégorique.  « Moi, je partirai dans 5 ans, c’est certain. Je ne remettrai pas en cause [ma parole] parce que je suis un homme de conviction », affirmait-il alors à Christophe Boisbouvier. Et Patrice Talon de s’engager à proposer, lors de son mandat, une réforme de la Constitution pour graver dans le marbre cette limitation à un seul mandat présidentiel.

L’autre thème-phare de la campagne de Patrice Talon était l'indépendance de la Justice. Les démêlés de l’opposant avec les justices béninoise et française ont été largement commentés durant la campagne. Il fait toujours l'objet de poursuites tant pour des crimes économiques présumés au Bénin que pour la tentative d'empoisonnement présumée contre Boni Yayi, affaire pour laquelle il doit même être entendu par les juges français.

Des promesses à tenir

Désormais, il va être protégé par son statut de président de la République. Mais, selon le politologue Mathias Gounkpe, Patrice Talon a tout intérêt « à donner les premiers signaux dès sa prise de pouvoir qu’il n’y aura pas […] de conflit d’intérêts et que de sa position actuelle, il ne tentera pas d’influencer la suite des différentes affaires qui l’opposent à l’Etat ou à des individus au Bénin. »

Le nouveau président l'a redit encore après le scrutin : il est hors de question d'interférer dans les affaires de la Justice. Il n'engagera donc pas de « chasse aux sorcières » contre son ancien rival Boni Yayi. Ses prises de position sur la séparation des pouvoirs comme sur son engagement à lutter contre la corruption sont, pour le moment, des promesses. Les Béninois, extrêmement mobilisés lors du scrutin (plus de 65% d’entre eux sont allés voter), seront très attentifs à ce que ces promesses soient suivies d'effet.  

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