Burundi: le lieutenant-colonel Darius Ikurakure assassiné

La police burundaise dans le quartier Cibitoke de Bujumbura, réputé proche de l'opposition, en mai 2015. Darius Ikurakure aurait été responsable de violentes opérations de répression dans ce quartier.
© AFP PHOTO/PHIL MOORE

Un haut gradé de l’armée burundaise a été assassiné par balles ce mardi 22 mars. Il s’agit du lieutenant-colonel Darius Ikurakure, un militaire régulièrement pointé du doigt dans la répression contre les opposants au troisième mandat du président Pierre Nkurunziza. Ikurakure était le commandant du bataillon de génie de Muzinda, un camp militaire au nord de la capitale. Les circonstances de cet assassinat sont encore floues. Mais, après plusieurs semaines de relative accalmie au Burundi, cet assassinat fait craindre une flambée de violences.

Il est environ 12h30, ce mardi 22 mars, à Bujumbura, quand le lieutenant-colonel Darius Ikurakure est assassiné par un homme en uniforme dans les locaux de l'état-major. Le suspect aurait pris la fuite sans qu'on puisse l'identifier. Selon des sources militaires, les lieux étaient pratiquement déserts pendant la pause-déjeuner.

Le coup est à nouveau rude pour Bujumbura car l'officier Ikurakure a été abattu au coeur de l'un des hauts-lieux du pouvoir, l’état-major général de la Force de défense nationale (FDN, armée burundaise), au cœur de la capitale du Burundi.

« Ceux qui ont fait le coup viennent de démontrer qu’ils peuvent frapper où et quand ils veulent », juge un diplomate en poste à Bujumbura, qui dit craindre aujourd’hui une escalade de la violence, avec un nouveau cycle d’assassinats ciblés et de représailles, comme le Burundi l’avait justement vécu après l’assassinat début août 2015 du général Nshimirimana.

Que faisait le lieutenant-colonel Darius Ikurakure à l’état-major général de l’armée à cette heure où tous les bureaux sont généralement fermés pour la pause-déjeuner ? Où était sa garde pléthorique qu’il ne laisse jamais derrière au moment où il a été tué ? Comment son assassin s’est-il introduit dans l’enceinte de ce secteur ultra-protégé, est ressorti et a échappé à ses poursuivants ? Des questions, il y en a encore beaucoup d’autres, et toutes sont sans réponses.

La nouvelle a été confirmée par le porte-parole de l’armée, qui a adressé ses condoléances à la famille du défunt, le premier conseiller en communication du président a déploré « la perte d’un frère ». Le chef d’état-major a aussi appelé les soldats au calme et à l’unité dans un communiqué rendu public après plusieurs heures de silence, en début de soirée. Mais beaucoup craignent un nouveau cycle de violence.

Du côté de la société civile en exil, Pacifique Nininahazwe regrette « qu’il parte sans répondre de ses actes devant la justice ».

Disparitions forcées, torture d'opposants, répression violente

Le nom du lieutenant-colonel revient très régulièrement dans les dossiers de disparitions forcées, de torture d’opposants mais, également, dans la répression violente qui a suivi les attaques des camps militaires mi-décembre 2015.

Selon le journal Iwacu, il était responsable des opérations dans certains quartiers du nord de la capitale Bujumbura, réputés proches de l’opposition (Mutakura, Cibitoke et Ngagara).

Certains habitants de ces quartiers, joints par téléphone, le décrivent comme un homme « cruel » qui « faisait régner la terreur à Bujumbura ».

Il s’agit du premier assassinat ciblé au Burundi depuis l’automne 2015. En août dernier, le général Adolphe Nshimirimana, considéré comme le bras droit du président Nkurunziza, avait perdu la vie dans une attaque en plein centre de Bujumbura.

Ce mardi soir, un climat de peur et d’angoisse régnait sur les quartiers contestataires de Bujumbura, les gens craignant que les compagnons d’armes du lieutenant-colonel Darius Ikurakure ne profitent de la nuit pour lancer des opérations punitives afin de le venger.