Sénégal: le «oui» officiellement vainqueur au référendum constitutionnel

Référendum sur la Constitution: la caravane du président Macky Sall en campagne pour le «oui», ici à Guediawaye, dans la banlieue de Dakar, le 17 mars 2016.
© RFI/Guillaume Thibault

Trois jours après le scrutin, la commission en charge de la compilation vient de les annoncer. Le «oui» l’emporte avec 62,70% des suffrages. Le projet de révision de la Constitution proposé par Macky Sall est donc validé par les électeurs.

C’est dans la grande salle d’audience du tribunal, celle où sont jugées les plus grandes affaires qu’ont été annoncés les résultats de ce référendum. Au micro, Demba Kandji, le président de la Commission nationale de recensement des votes. « Nombre de suffrages valablement exprimés : 2 millions 164 667. Taux de participation : 38,26%. Ont obtenu, le courant du OUI : 1 million 357 412 ; courant du NON: 807 255. »

Le président ne fait pas la conversion des suffrages exprimés en pourcentages, Sagar Diouf Traoré, représentante du courant du non au sein de la commission s’en charge. « Le "non" a un pourcentage de 37,29%, et le "oui", un pourcentage de 62,70% »

Pour terminer son allocution, Demba Kandji a rappelé que ces résultats sont provisoires. « A charge pour le Conseil constitutionnel, à qui nous allons déférer nos délibérations, de les valider ou de les infirmer. »

Premier constat : le taux de participation bas se confirme. Les électeurs n’ont pas répondu massivement à l’appel du président Macky Sall à ce référendum. Scrutin qui a ouvert une véritable bataille politique ; alors que le front du non évoque une mascarade politique, le camp du oui parle déjà d’une large victoire, certains évoquent même un triomphe.

Le projet de révision de la Constitution propose en 15 points de modifier notamment la durée des prochains mandats présidentiels de 7 à 5 ans, de donner de nouveaux pouvoirs à l’Assemblée nationale, de nouveaux droits, comme le droit à un environnement sain aux populations.

La réforme adoptée mais le bilan mitigé

Macky Sall a donc réussi son pari, sa victoire est nette et son projet de réforme constitutionnelle validé. Mais le chef de l'Etat espérait une large mobilisation : quatre électeurs sur dix ont participé au référendum. Une participation jugée très faible par le camp qui appelait à voter non. Le camp du oui estime qu'il faut revoir le fichier électoral car 1,5 million d'électeurs sur les 5,5 millions d'inscrits ne votent plus depuis 2005. Au final, 25% des inscrits sur les listes électorales ont voté oui.

Macky Sall paye sans doute sa décision de ne pas réduire son mandat en cours suite au refus du Conseil constitutionnel. Mais le camp présidentiel l'emporte néanmoins dans 42 départements sur 45 en infligeant des défaites à d'importants leaders de l'opposition, notamment au socialiste Khalifa Sall, le maire de Dakar, à Malick Gakou, chef du grand parti, à Guédiawaye, ou encore à Oumar Sarr, coordinateur du PDS, le parti d'Abdoulaye Wade, puisque le département de Dagana a plébiscité le oui.

La défaite est par contre lourde pour le camp du oui dans le département de Mbacké, où se trouve la ville sainte de Touba, deuxième ville en nombre d'habitants du pays, capitale des Mourides, confrérie qui est clairement en désaccord avec le chef de l'Etat depuis sa victoire en 2012.

Considéré comme une présidentielle avant l'heure, ce référendum a en tout cas redistribué les cartes politiques, cristallisé les tensions et lancé autant les législatives de 2017 que la présidentielle de 2019.