Burundi: l'armée à son tour prise pour cible

Des policiers et des soldats patrouillent dans une rue de Bujumbura, le 3 février 2016.
© REUTERS/Jean Pierre Aime Harerimama

Regain de tension mardi 22 mars au Burundi, après une période d’accalmie. La journée de mardi a été particulièrement violente avec deux assassinats ciblés contre des hauts gradés de l’armée et l’enlèvement d’un policier.

C’est d’abord le lieutenant-colonel Darius Ikurakure (un fidèle du président Nkurunziza, pointé du doigt pour son rôle dans la répression dans les quartiers contestataires) qui est assassiné au coeur même de l’état-major de l’armée à Bujumbura, un lieu sous haute surveillance. Quelques heures plus tard, le major Didier Muhimpundu succombe à une attaque dans le centre de la capitale. Enfin, pendant la nuit, un policier a été la cible de tirs dans le nord de Bujumbura avant d’être enlevé par des hommes en tenue militaire. Des enquêtes sont actuellement en cours pour élucider les circonstances de ces évènements qui soulèvent d’ores et déjà de nombreuses inquiétudes.

Première inquiétude : les circonstances de l’assassinat du lieutenant-colonel Ikurakure. Un endroit où, selon un connaisseur des lieux « nul ne peut pénétrer sans autorisation, encore moins avec une arme ». Les enquêteurs ont justement entre leurs mains un fusil, abandonné par le suspect et donc son numéro de série. Deux personnes de l’état-major sont ont été interrogées à ce sujet.

Seconde inquiétude, l’assassinat quelques heures plus tard du major Didier Muhimpundu dans le centre de la capitale. Selon la police, il se trouvait dans un bar au moment où il a reçu un appel téléphonique. Après plusieurs minutes de discussions, son interlocuteur lui aurait demandé de sortir et de se placer à l’endroit où il a finalement perdu la vie.

Pour l’instant aucune preuve qu’il s’agit de représailles, mais cela peut être le signe de tensions au sein de l’armée, entre ses deux composantes : l’ancienne rébellion hutu, aujourd’hui au pouvoir et dont était issu Darius Ikurakure ; les ex Forces armées burundaises, à majorité Tutsi, dont venait le major Muhimpundu.

Tensions au sein de l'armée

Pour l’instant, rien ne permet de relier les deux assassinats ciblés qui ont eu lieu mardi à Bujumbura. Cependant, ils font écho à celui d’Adolphe Nshimirimana en août 2015, le général était issu, comme Darius Ikurakure, de l’ancienne rébellion hutu.

Deux semaines après sa mort, le colonel Jean Bikomagu perdait la vie. Il appartenait, comme Didier Muhimpundu, aux ex- forces armées du Burundi, à dominante tutsi. « Là La situation se répète, et en se répétant, elle fragilise l’armée, analyse Christian Thibon, historien spécialiste de la région des Grands lacs. On a une montée des extrêmes et des tentations de règlement de comptes. Mais on a l’impression qu’à chaque fois, l’armée digère ses crises et refait corps. »

Si l’armée appelle à l’unité, le corps n’en est pas moins traversé par des tensions. « Les tensions sont multiples entre les partisans de la rébellion et l’état-major actuel, et au sein de l’état-major, entre les partisans de la négociation et ceux qui seraient les jusqu'au-boutistes, qui seraient pour l’épreuve de force. »

Instaurée par l’accord d’Arusha à la fin de la guerre civile, l’équilibre ethnique au sein de l’armée est véritablement la clef de voûte de ce compromis historique.
Selon un memorandum adressé au Conseil de sécurité de l’ONU, une fracture au sein des forces de défense nationale pourrait déclencher une nouvelle étape dans la crise burundaise.