Liberia: Monrovia envisage de privatiser en partie ses écoles

Des étudiants lors de la rentrée des classes au lycée de Don Bosco, à Monrovia, le 16 février 2015.
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Pour le gouvernement, il s’agit d’associer le ministère de l’Éducation à une entreprise privée pour dispenser l’enseignement primaire partout au pays. La privatisation n’a pas suscité, pour l’instant, de levée de boucliers.

C’est un secret de Polichinelle que la présidente Ellen Johnson-Sirleaf ne pense pas beaucoup de bien des écoles de son pays. Pas étonnant donc qu’elle ait décidé de donner un coup de barre en faisant appel au secteur privé. « Si nous voulons nous associer à des investisseurs privés, c’est en raison de l’ampleur du problème que nous avons dans les écoles libériennes, le manque de professeurs bien formés, le manque de matériel... Nous avons donc décidé d’utiliser une méthode très audacieuse pour régler le problème que nous avons dans l’éducation », précise le ministre de l’Information Eugene Nagbe. 

Quelque 120 écoles doivent participer à un projet-pilote, dont les détails seront bientôt annoncés. Pour les familles des élèves, aucune augmentation des droits de scolarité n’est prévue. Le programme scolaire reste le même. L’encadrement aussi : des directeurs d’école relevant du ministère de l’Éducation, des fonctionnaires doivent donc encadrer les futurs professeurs du privé. Le gouvernement n’exclut pas toutefois que des enseignants soient renvoyés.

Les réactions de la société civile

Le Syndicat national des enseignants du Liberia s’oppose à cette initiative, mais pas la société civile qui constate, elle aussi, les graves lacunes de l'école. « Bien évidemment, c’est une idée très intéressante parce que l’essentiel, pour ce qui est de l’école, c’est d’obtenir de bons résultats », explique Thomas Doe Nah, coordonnateur national de COTAE (Coalition for Transparency and Accountability in Education), une ONG qui milite pour une plus grande transparence dans l’éducation. « Si cette formule peut donner de bons résultats pour nos enfants, ajoute-t-il, cela pourrait être très utile » ajoute-t-il.

Même son de cloche du côté du Conseil national de la société civile, qui appelle à un dialogue réunissant, outre le gouvernement, les syndicats, les parents et la jeunesse. « Il faut bien peser le pour et le contre avant qu'une décision soit prise », souligne sa présidente, Frances Greaves. « Il faut que l'on sache exactement à quelle entreprise le gouvernement entend confier un rôle aussi important ».

Un projet mené par la Bridge International Academies ? 

Le gouvernement pourrait faire appel à Bridge International Academies, une entreprise qui gère déjà des centaines d’établissements privés au Kenya, en Ouganda et au Nigeria.

Cette société dispense un enseignement privé pour 6 dollars par élève par mois, un montant qui est réglé, non par sa famille, mais par l’État. On lui reproche notamment de distribuer des plans de cours par téléphone portable à des enseignants pas toujours qualifiés.

Les critiques du rapporteur spécial des Nations unies

De son côté, le rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’éducation, Kishore Singh, estime qu’il est « complètement inacceptable » pour Monrovia d’envisager de sous-traiter l’éducation à l’échelle du pays tout entier.

Kishore Singh s’étonne, dans un communiqué (en anglais), de constater que le Liberia, qui n’a pas les ressources pour permettre à tous les enfants d’aller à l’école, cherche à trouver des fonds pour financer une entreprise privée.

Le gouvernement libérien dit avoir trouvé son inspiration à La Nouvelle-Orléans, ville dévastée par l'ouragan Katrina, en 2005, ou la Ville a décidé de ne pas remettre sur pied le réseau des écoles publiques, mais de reconstruire des établissements « à charte » associant le secteur public et le secteur privé.

Plus de 40% des enfants libériens en âge d'aller à l'école ne vont pas en classe, selon le ministère de l'Éducation.

Michel Arseneault sur Twitter @miko75011