Tchad: des membres de la société civile placés sous mandat de dépôt

Soldats tchadiens devant le tribunal de Ndjamena (image d’archive 2007).
© Thomas SAMSON/Gamma-Rapho via Getty Images

Au Tchad, quatre figures de la société civile ont été placées sous mandat de dépôt alors que la campagne électorale bat son plein avant la présidentielle du 10 avril prochain. Ces leaders de mouvements citoyens et le secrétaire général de l'Union des syndicats du Tchad ont été arrêtés ces derniers jours. Ils ont été déférés au parquet ce jeudi et emmenés en maison d’arrêt.

Les quatre prévenus ont été emmenés à la maison d'arrêt d'Amsinéné, à 30 kilomètres de la capitale tchadienne. Ils sont inculpés pour atteinte à l'ordre public et refus d'obéir à l'autorité légitime. Les deux leaders des coalitions « Ça suffit » et « Iyina », Mahamat Nour Ahmat Ibedou et Nadjo Kaina Palmer, le secrétaire général de l'Union des syndicats du Tchad, Younous Mahadjir, et Céline Narmadji, porte-parole de la coalition « Trop c'est trop », arrêté mercredi, devraient comparaître devant un juge le 31 mars prochain.

Il leur est reproché d'avoir appelé à manifester les 22 et 29 mars contre un 5e mandat possible du président Idriss Déby et d'avoir refusé de se plier à l'appel du ministre de l'Intérieur, qui avait interdit samedi dernier tout rassemblement en dehors de ceux des candidats au scrutin du 10 avril. Un maintien en détention que ne comprend pas leur avocate : « Les faits qui leur sont reprochés sont peu crédibles. Parce qu’on nous parle de provocation, mais est ce qu’il y a eu trouble à l’ordre public ? Et quand on nous dit qu’il y a résistance à l’exercice d’une autorité légitime, moi je me pose logiquement la question de savoir de quoi il s’agit ».

Malgré l'inculpation de leurs leaders, les membres de la société civile comptent poursuivre leur mouvement. L'Union des syndicats du Tchad appelle à la grève dans tout le pays ce vendredi avec un mot d'ordre supplémentaire qui est la libération immédiate des prévenus. A l'hôpital général de Ndjamena, ce jeudi matin, une partie du personnel a d'ailleurs déjà débrayé pour manifester contre l'arrestation de Mahamat Nour Ahmat Ibedou. Quant à la marche pacifique du 29 mars, elle est maintenue.

De même, ce jeudi soir, une trentaine de partis d’opposition ont annoncé dans une déclaration qu’ils entendent se constituer prisonniers dès ce vendredi pour revendiquer la libération immédiate des activistes.