Destruction des mausolées de Tombouctou: Ahmad al-Faqi al-Mahdi assume son rôle

La mosquée de Djingareyber à Tombouctou, au nord du Mali, lors de la cérémonie de sacralisation des mausolées, le 4 février 2016.
© SÉBASTIEN RIEUSSEC / AFP

C'est une première : la Cour pénale internationale va organiser un procès pour destruction de monuments. Il s’agit en l’occurrence des mausolées de Tombouctou, saccagés à coups de pioche ou de burin en 2012, pendant l'occupation jihadiste. La CPI a confirmé l'inculpation du Malien Ahmad al-Faqi al-Mahdi. Il était membre du groupe touareg Ansar Dine et a participé à ces destructions, ce dont il ne se cache pas.

Dès la première audience à La Haye, lors de débats à huis clos, il avait reconnu sa responsabilité dans ces destructions sans donner d'explication. Il en dira peut-être davantage lors du procès, mais l'un des conseillers en charge du dossier à la CPI en doute : s'il plaide coupable, Ahmad al-Faqi al-Mahdi ne cherchera sans doute pas à se justifier. De toute façon, la Cour est sûre d'elle. Elle a des preuves de la destruction en 2012 de neuf mausolées et d'une mosquée à Tombouctou.

Boubacar Mahamane était présent quand les jihadistes ont fait tomber les monuments. « Chaque mausolée, dit-il, a été cerné par des hommes armés de pioches, de pelles, de matériel bien sophistiqué destiné seulement à la démolition de ces joyaux architecturaux qui date de siècles. Aujourd’hui, alors, la Cour pénale internationale a accéda favorablement d’aller vers un procès, nous ne pouvons que nous réjouir. C’est dire que l’impunité ne peut pas prospérer. »

D’autres procès attendus

Comme Boubacar Mahamane, la plupart des habitants de Tombouctou sont plutôt satisfaits, mais ils attendent aussi d'autres poursuites. Contre Ahmad al-Faqi al-Mahdi lui-même, qui dirigeait la brigade des mœurs d'Ansar Dine, mais aussi contre les autres jihadistes. C’est le souhait d’Abdoulaye Touré, qui dirige les associations de victimes de la crise à Tombouctou : « Il y a plein de crimes qui se sont passés à Tombouctou. Pendant huit mois d’occupation, les populations, les femmes, les enfants, tout le monde a vécu une atrocité. Il faudra que les procès aboutissent avec une charge totale. »

La Cour pénale internationale assure qu'elle enquête aussi sur ces autres crimes, mais qu'il faut du temps pour recueillir des preuves tangibles. En attendant, la CPI insiste sur la nécessité de ce procès, le premier du genre, pour destruction de patrimoine. « Ces monuments ne sont pas que des bâtiments, rappelle Richard Nsanzabaganwa, le conseiller au bureau de la procureure, ce sont des monuments qui symbolisent l’histoire, l’identité et le mode de vie d’un peuple. S’attaquer à cela constitue justement un dénigrement, une attaque à l’intégrité, à la dignité d’un peuple et c’est peut-être une étape avant même de s’attaquer directement à ce peuple. »

Il faut aussi voir dans ce procès pour la destruction des mausolées de Tombouctou un message, un avertissement pour tous les groupes armés qui s'en prennent aux monuments historiques, notamment en Syrie et en Irak. La CPI prévient : jusqu'à présent, on ne faisait que déplorer les destructions, désormais il y aura des poursuites.