RDC: vers la paix entre Lubas et Pygmées dans le Tanganyika

Kabeke, territoire de Manono. Lubas et Pygmées réunis pour investir le baraza, un conseil des sages composé de 7 Lubas et 7 Pygmées.
© Sonia Rolley/RFI

La campagne pour les élections des gouverneurs et vice-gouverneurs des nouvelles provinces en RDC est terminée depuis jeudi 24 mars. Dans la province du Tanganyika, l'une des lourdes tâches que le nouveau gouverneur aura à remplir, ce sera de poursuivre la pacification entre Lubas et Pygmées, un conflit qui a fait des centaines de morts et des milliers de déplacés depuis mi-2013 sur fond de revendications sociales et politiques des Pygmées, historiquement défavorisés.

Dans le territoire de Manono, d'où est parti le conflit, la tension a baissé depuis le déploiement de l'armée congolaise. Avec le soutien de la Monusco, des conseils des sages sont mis en place dans certaines localités pour régler les conflits entre les deux communautés. On les appelle les Baraza. Jeudi 24 mars, c'est dans la localité de Kabeke que l'un de ces conseils a été formé.

Le Baraza de Kabeke

C'est l'abbé Moise Kiluba, médiateur dans cette crise pour le territoire, qui vérifie la composition du tout nouveau conseil des sages : « Je suis en train d'apprêter les membres du conseil des sages, les Barazas, pour les présenter à la population ».

Les membres du Baraza de la localité de Sange ont fait 45 kilomètres à pied pour aider à la préparation. Toutes les autorités de territoire sont là et pour la plupart, c'est leur première visite à Kabeke, un village au milieu de la forêt, coupé de tout, sans téléphones ni de signal radio. Autant dire que c'est un petit événement. Tout le village est réuni.

Un palmier de la paix pour « enterrer la hache de guerre »

Un palmier de la paix planté par d'anciens chefs de milice Lubas et Pygmées, le 24 mars 2016, dans la localité de Kabeke. © Sonia Rolley/RFI

Sept Pygmées, sept Lubas sont désignés par leur communauté respective et, fait important, mis sur un pied d'égalité. Un responsable luba semble encore inquiet.

« Les Pygmées sont révoltés toujours. Ils vont révolter, attaquer chaque village. Ils viennent attaquer chaque village à chaque fois », dénonce-t-il.

L'administrateur du territoire le rassure. L'un des principaux chefs de milice pygmées est lui aussi engagé dans le processus de réconciliation. « Nous avons été avec le Luba ici. Il nous a rassurés. Il avait juré. C’est d’ailleurs lui qui nous soutient pour qu’il y ait la paix effective. »

Ce sont d'ailleurs des chefs de milices des deux communautés qui vont planter ensemble un « palmier de la paix ». Une idée d'un officier de l'armée congolaise,  le lieutenant Deo Lankamba. A chaque Baraza, son arbre, censé symbolisé la volonté d'en finir avec le conflit.

Le lieutenant Deo Lankamba
25-03-2016 - Par Sonia Rolley

L'école de Kabeke, outil de pacification

Edmond Kapuchitemba, le directeur de l'école du village, n'était pas venu depuis trois ans, au moment du début du conflit. Les salles de classe ont été détruites, et lui et les autres enseignants ont fui dans le chef lieu du territoire, Manono. Aujourd'hui, il faut donc reconstruire et surtout ramener la paix comme l'explique Edmond Kapuchitemba venue rendre visite à la population.

RFI: vous espérez que l’installation de ce comité puisse permettre de ramener la sécurité pour que les enseignants puissent revenir ?

E. Kapuchitemba
: Oui, oui

Et avant la guerre l’école était mixte ? Il y avait à la fois des Lubas et des Pygmées ?

Oui. Oui, d’ailleurs j’ai totalisé 40 Pygmées dans mon école. Il y avait même un Pygmée qui est arrivé même en sixième.

Sur combien d’élèves ?

Il y avait à peu près 500 élèves. Quand il y aura le calme, les Pygmées viendront étudier ici.

Vous pensez que ça va être possible de reprendre ça ?

Oui, oui ! D’abord on n’a pas à dire que ce sont des Pygmées, que ce sont des Bantous. Tous, sont des Congolais.