Rome, Beyrouth et Lomé à l'heure de Pâques

C'est avec un niveau de sécurité relevé que s'est tenu le Chemin de croix au Colisée, le 25 mars 2016 à Rome.
© REUTERS/Stefano Rellandini

Les chrétiens du monde entier fêteront Pâques ce dimanche 27 mars. Sous la menace terroriste en Italie à Rome, aux côtés des réfugiés syriens et irakiens du Liban, ou dans les artères de Lomé au Togo, l’ambiance n’est pas la même, mais la foi et la ferveur sont égales. Tour du globe des festivités pascales.

■ Rome : Chemin de croix sous haute surveillance au Colisée

Près de 100 000 personnes étaient attendues à Rome et au Vatican pour les festivités pascales, ce qui a engagé les autorités à relever le niveau de sécurité. Pour la première fois depuis l’instauration par Paul VI en 1970 du Chemin de croix au Colisée, tout le quartier était blindé par les forces de l’ordre.

Comme le rapporte notre correspondante à Rome, Anne Le Nir, pourtant, des milliers de fidèles ont tenu à être présents vendredi 25 mars. «  Il y a des carabiniers avec le doigt sur la gâchette. C’est sécurisant », témoigne Gilles Blanc, un touriste français.

Portés par la foi, jeunes et moins jeunes ont attentivement écouté les textes de méditation rédigés par le cardinal Gualtiero Bassetti et centrés sur les souffrances du monde contemporain.

Mais les paroles les plus fortes ont été celles que le pape François a prononcées durant sa longue prière à la fin de la cérémonie. Le souverain pontife a d’abord condamné les hommes d’Eglise pédophiles : « Ô croix du Christ ! Nous te voyons encore aujourd’hui te manifester dans les ministres infidèles qui, au lieu de se dépouiller de leurs vaines ambitions, dépouillent même les innocents de leur dignité. »

Il a ensuite dénoncé la lâcheté de l’Europe face au drame des migrants : « Ô croix du Christ ! Nous te voyons encore aujourd’hui dans notre Méditerranée et dans la mer Egée, devenues un cimetière insatiable, image de notre conscience insensible et anesthésiée ». Le pape a également condamné les actes terroristes qui profanent le nom de Dieu.

■ Messe chaldéenne au goût amer à Beyrouth

Au Liban, les chrétiens d'Orient rattachés à Rome fêtent eux aussi Pâques ce dimanche. Des chrétiens syriens ou irakiens qui ont trouvé refuge dans le pays participent aux cérémonies. Elles ont pour eux un goût amer, affirme notre correspondante à Beyrouth Laure Stephan.

Dans l'église chaldéenne de la banlieue de Beyrouth, les fidèles irakiens sont nombreux. Malgré le dénuement des familles, les enfants portent des habits de fête, mais le cœur n'y est pas. Nihad, 38 ans, est originaire de la région de Mossoul, prise par l'organisation Etat islamique en 2014.

« Je ne voulais pas manquer cette cérémonie, elle marque la résurrection du Christ. Mais comme les autres Irakiens, je n'ai pas le cœur à la fête, confie-t-elle. Nous n'avons plus de joie intérieure. Il n'y a pas de paix dans ma région de Mossoul, pas de paix. Ce sera dur que Daech soit mis en défaite, il est comme un virus qui ne peut plus être délogé. On sent aujourd'hui les souffrances du Christ. On se sent semblable à lui. On porte la même croix, et on marche. »

Nihad vit dans une banlieue pauvre de Beyrouth. Celle où habite aussi Sakhr. Il est Syrien, originaire de la région de Hassaké, dans le nord. Plusieurs fois déplacé dans son pays, il a fini par se réfugier au Liban avec sa famille. Ce chrétien assyrien pense avec nostalgie à la façon dont il fêtait Pâques autrefois. « En Syrie, on préparait la fête de Pâques deux ou trois semaines à l'avance. On cherchait des friandises pour les invités, on coloriait les œufs. Rien de tout ça ici, on survit, déplore-t-il. Je vais juste à l'église, j'aime bien quand on se retrouve entre Syriens, on se comprend. Malheureusement, la guerre a beaucoup changé les gens. »

■ Recueillement et partage au Togo

Au Togo, Pâques est synonyme de recueillement et de partage. Dans les rues de Lomé, la capitale, vendredi 25 mars, on a pu assister à la ferveur autour de la passion du Christ. Beaucoup de chrétiens ont fait le chemin de croix à travers les artères de la ville, en attendant le dimanche de Pâques. Au Togo, Pâques est une fête extrêmement importante pour le lien social.

En ville comme sur le campus, ils étaient des milliers de chrétiens à observer cette journée de la passion du Christ à travers le chemin de croix, pour la plupart en rouge exprimer ainsi le sang versé du Christ. Pendant un peu plus de deux heures, ils ont parcouru le campus de Lomé. Dieu est le même, hier, aujourd’hui et toujours, et il est le Dieu qui donne la vie, affirme le père Jean-Philippe Diouf curé de la paroisse universitaire : « Dieu, on l’accueille tel qu’il est. D’autres se servent de lui pour faire le mal. Le vrai Dieu c’est le Dieu de Jésus Christ, c’est le Dieu d’amour ! Ce n’est pas un Dieu qui enlève la vie, c’est un Dieu qui donne la vie ! Tous ceux qui enlèvent la vie des autres, c’est le diable ».

C’est un grand jour de méditation pour cette mère très touchée à la treizième station. « J’ai découvert la souffrance, ô combien grande, de Marie, à la treizième station où on a remis le corps de son fils sur ses genoux. Pour une mère, c’est terrible », commente-t-elle.

Recueillement et méditation qui préparent à la fête de Pâques, le dimanche, jour où elle fera les plats qu’elle aime. Cette année, elle ira faire cette fête chez des amis. « Moi, j’adore le poulet braisé, un peu de poisson aussi. Cette fois-ci je suis invitée par des amis. Donc j’irai fêter Pâques chez des gens », nous confie-t-elle.

Plus qu’une fête chrétienne, c’est aussi dans beaucoup de villages dans le sud-est du Togo, la fête des retrouvailles et de la fraternité. Les Togolais vivant au Nigeria, au Ghana et en Côte d’Ivoire reviennent à Aklakou, Anyronkopé et Badougbé-Kéta pour commémorer Pâques, la fête qui les ramène sur la terre natale, une fois par an.