Burundi: un ex-policier en exil dénonce les exactions du régime Nkurunziza

Des habitants regardent le corps d'un homme tué dans le quartier de Nyakabiga, à Bujumbura, le 12 décembre 2015. Les affrontements de vendredi à Bujumbura, la capitale du Burundi, ont fait 87 morts, a annoncé l'armée.
© REUTERS/Jean Pierre Aime Harerimana

Au Burundi, le colonel Richard Hagabimana était le chef adjoint du département des opérations de la police. Au printemps 2015, il a contesté la décision de traiter les manifestants hostiles au troisième mandat du président Nkurunziza comme des « insurgés ». Il affirme désormais que cette prise de position lui a valu d’être placé sur une « liste noire » de fonctionnaires de police à abattre.

Accusé de faire partie des organisateurs du putsch manqué de mai 2015, le colonel Richard Hagabimana a été emprisonné avant d’être acquitté par la Cour suprême en janvier 2016. Il vit depuis en exil en Grèce.

Lorsqu’au début des années 2000, il prend le maquis aux côtés de Pierre Nkurunziza, « rien ne laissait penser qu’il deviendrait un tel dictateur », affirme aujourd’hui Richard Hagabimana au sujet du président. Début 2015, il est chef adjoint des opérations de police. A ce moment, dit-il, « des réunions de commandement parallèles » avaient lieu dans les bistrots.

C’est là que s’est prise la décision de traiter les manifestants en tant qu’insurgés, c’est-à-dire d’ouvrir le feu. Richard Hagabimana s’y oppose ouvertement, ce qui lui vaut d’être arrêté en juin 2015.

Il lance un appel aux policiers

Le colonel est détenu dans quatre prisons différentes, qui « regorgent des jeunes soumis à la torture ». Il leur fait alors une promesse : « Quand j’ai été libéré, j’ai eu des gens qui m’ont demandé pratiquement : " Eh ! Grand frère, il ne faut pas nous oublier. Il faudra porter au plus loin notre voix. Nous, nous sommes incarcérés, nous ne pouvons pas nous exprimer. Fais-le pour nous. " J’ai promis. C’est ce que je fais. »

Son avocat dénonce des mauvais traitements et porte son cas devant le groupe de travail de l’ONU sur les détentions arbitraires. Convaincu que sa nationalité grecque et la forte mobilisation internationale lui ont évité le pire, il lance aujourd’hui un appel à ses anciens collègues : « Chaque policier, par exemple, il sait qu’un ordre manifestement illégal ne s’exécute pas. C’est ce que je leur demande. »

« Il y a des gens, choisis par le pouvoir, qui ont été obligé d'agir ainsi. Ce sont eux qui continuent à travailler pour le pouvoir, à tuer et réprimer les populations, mais c’est juste ces gens-là. Le reste la majorité de l’armée et police sont des gens intègres et patriotiques », estime enfin l’ancien colonel. Depuis son exil, Richard Hagabimana dit vouloir rester engagé aux côtés du peuple burundais.