Nigeria: un an après l’arrivée du président Buhari, la corruption reste présente

Le président nigérian, Muhammadu Buhari.
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Le 28 mars 2015, Muhamadu Buhari remportait l'élection présidentielle au Nigeria, avec 53 % des voix. Son élection permettait, pour la première fois, à une coalition de l'opposition de remporter une présidentielle. Ancien militaire à la retraite, Muhammadu Buhari a été élu sur le thème du changement. Il promettait alors une amélioration radicale de la société, passant principalement par la lutte contre la corruption.

Pour le gouvernement nigérian, la priorité reste la lutte contre la corruption. Son bras armé, c'est l’EFCC, la Commission des crimes économiques et financiers, qui compte près de 3 000 membres-enquêteurs. Depuis l’été dernier, près de 300 sociétés et personnalités ont été épinglées, indique la présidence, qui se targue d’avoir pu récupérer près de 5 millions de dollars auprès de sociétés et d’individus inculpés.

L’affaire la plus importante vise l’ancien directeur de la sécurité nationale, Sambo Dasuki, qui est accusé d’avoir détourné plus de 2 milliards de dollars à travers des contrats d’armement. Mais jusqu’où ira cette traque ? Plusieurs observateurs sont dubitatifs, car « les principaux barons de la coalition présidentielle ne soutiennent pas le président dans cette lutte », reconnaît un responsable de l'APC.

Au-delà de l'isolement politique, Muhammadu Buhari risque bien de se heurter à un problème structurel : « Le système judiciaire n’est pas totalement prêt pour traiter ce type de dossiers financiers délicats », relève Eze Onyekpere, le directeur du Centre pour la justice sociale. « Jusqu’à présent, ajoute cet analyste avec amertume, il n’y a pas eu de condamnation pour des actes de fraudes ».

Sur le terrain, l'instauration d'un climat de transparence préoccupe en tout cas de nombreux citoyens. A l'image de jeunes, qui ont lancé une campagne intitulée « Follow the money ». Il y a quelques jours, dans les studios de la radio privée Nigeria Info, deux jeunes blogueurs débattaient d'environnement et du financement de projets de développement.

Hamza Lawal, initiateur d'une campagne de veille concernant l'utilisation des deniers publics, est là pour encourager les auditeurs à rejoindre la centaine de bénévoles qui postent des photos des projets aboutis ou non sur les réseaux sociaux : « Nous en avons assez de lire dans les journaux, des cas de détournement de milliards de nairas. Nous avons donc lancé une plateforme, sur laquelle les citoyens ont la possibilité de tracer d'où viennent les fonds de chaque projet, qui les détient et comment ils sont utilisés. »

→ Sur RFI aussi : « Buhari promet des performances pour les trois ans à venir »