Affaire Nkandla: silence à l’ANC après la décision de la Cour constitutionnelle

La résidence secondaire du président Jacob Zuma à Nkandla au coeur du scandale en Afrique du Sud.
© AFP PHOTO / MARCO LONGARI

En Afrique du Sud, c'est une vraie tempête politique qu'a provoquée ce jeudi le verdict de la Cour constitutionnelle. La plus haute cour du pays a ordonné au président Jacob Zuma de rembourser une partie de l'argent public utilisé pour rénover sa résidence privée, Nkandla. C'est le plus gros scandale de son mandat avec l'utilisation de plus de 15 millions d'euros d'argent public à des fins privés. Mais surtout, la Cour a jugé que le chef de l'Etat avait enfreint la Constitution en refusant de rembourser.

Depuis jeudi, toute l'opposition appelle à la démission du chef de l'Etat. Le principal parti d'opposition, l'Alliance démocratique, a même annoncé qu'il lançait une procédure de destitution contre le président Zuma.

Coté ANC, le parti au pouvoir : c'est le silence. Une réunion d'urgence devait se tenir hier soir. Elle n'a finalement pas eu lieu. Seules la ligue des femmes et la ligue des jeunes de l'ANC - deux organes fidèles au président - lui ont réaffirmé leur soutien. Pour Njabulo Nzuza, secrétaire général de la ligue des jeunes de l'ANC, ce verdict de la Cour constitutionnelle ne change rien : « Nous ne pensons pas que le président Zuma doit démissionner. D'une part parce que la Cour constitutionnelle n'a pas conclu qu'il devait le faire. Et puis ce jugement est discutable, car le président lui-même a dit qu'il était prêt à payer pour une partie des travaux qui ne sont pas liés à sa sécurité ».

Pas de réaction ni de ministre ni de hauts cadres de l'ANC. Tout le monde attend la réunion des dirigeants du parti. On sait l'ANC profondément divisé sur son soutien au chef de l'Etat, embourbé dans plusieurs scandales. Un soutien qui, à quelques mois d'élections locales, pourrait coûter cher au parti au pouvoir.


■ Une démission de Jacob Zuma est-elle réellement possible ?

Pour Susan Booysen, professeur de sciences politiques à l’Université du Witwatersrand à Johannesburg et auteur de plusieurs ouvrages sur l’ANC, seul le parti au pouvoir peut finalement aujourd’hui faire tomber le président sud-africain : « La Cour constitutionnelle a cité des phrases de la Constitution. Elle a dit que le président n’avait pas respecté le code de conduite de la présidence, et qu’il n’avait pas défendu et respecté la Constitution, cela revient à dire que Jacob Zuma n’a pas été à la hauteur de la fonction de président, mais la Cour n’emploie pas le terme d’impeachment, de destitution. C’est une prérogative politique. Elle revient soit au Parlement, et à l’heure actuelle l’ANC détient 62% des sièges, soit aux organes du parti majoritaire, et le conseil exécutif de l’ANC n’est pas assez puissant à mon avis pour prendre une telle mesure contre le président. La seule chose qui pourrait convaincre l’ANC de lâcher Zuma, c’est qu’il entraîne la défaite du parti aux élections locales de cette année, sachant que le parti est en difficulté dans le Cap oriental et dans la région de Johannesburg-Pretoria. Une autre issue possible serait pour le président lui-même de dire : “Pour le bien de l’Afrique du Sud et pour le bien de notre ancien mouvement de libération, je vais me retirer pour permettre au parti de désigner un nouveau dirigeant”, mais ce type d’actes, ce n’est pas vraiment le genre du président actuel ».

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