Congo-Brazzaville: la capitale toujours sous tension

Des opposants dressent des barricades sur une route de Brazzaville, le 4 avril 2016.
© REUTERS/Roch Bouka

Au Congo-Brazzaville, quinze jours après la présidentielle et la réélection contestée du président Denis Sassou-Nguesso, Brazzaville a été le théâtre de combats dans la nuit du 3 au 4 avril entre les forces de sécurité congolaises et des hommes armés dans les quartiers sud de la capitale.

C'est un calme très précaire qui régnait en ville ce lundi soir. Des tirs sporadiques ont encore été entendus durant toute la journée. Des témoins ont affirmé que les hommes en armes se sont regroupés de l'autre côté du pont du Djoué, près de Mayamba, en fin d'après-midi. « Une débandade », selon le porte-parole de la police qui souligne que des opérations de ratissage était toujours en cours en fin de journée pour déloger des hommes encore cachés dans des maisons.

Bien que le gouvernement ait affirmé que la situation était maitrisée et appelé les Congolais à vaquer à leurs occupations, la peur est palpable en ville. Les axes qui mènent des quartiers sud au centre-ville sont saturés d'habitants en fuite qui se regroupent dans le quartier central de Moungali. Pour le porte-parole de la police, il s’agit « d’une fuite spontanée suscitée par la peur des violences », affirme-t-il. Certains Brazzavillois disent, eux avoir quitté leur maison à la demande des militaires.

Le gouvernement dénonce une « action terroriste »

Le gouvernement congolais affirme que ces hommes en armes sont d'anciens rebelles ninjas, des hommes qui se réclament de Frédéric Bintsamou, mieux connu sous le nom de Pasteur Ntumi. Cet ex-chef rebelle, actif entre 1998 et 2003, avait fini par se rallier au président Sassou-Nguesso, avant finalement de se ranger derrière Guy-Brice Parfait Kolelas, arrivé deuxième lors de l’élection présidentielle d'il y a quinze jours.

Pour le gouvernement, cette attaque, qui « s'apparente à une véritable action terroriste », selon le ministre de la Communication, serait donc directement liée au dernier scrutin. « Force est de constater que cette situation est consécutive à l’élection présidentielle du 20 mars 2016. C’est dans ce contexte qu’il convient également de relever, pour le condamner, que certains candidats ainsi que leurs soutiens n’ont eu de cesse d’en appeler à la désobéissance civile et à l’insurrection armée. En l’état actuel des choses, le gouvernement de la République n’a pas encore la preuve que des candidats ou leurs soutiens soient impliqués dans cette affaire, mais le gouvernement tient à préciser à l’opinion nationale et internationale que les investigations se poursuivent », a déclaré le porte-parole du gouvernement, Thierry Mungala.

Pasteur Ntumi dément mais ne condamne pas

Pointé du doigt par les autorités, le pasteur Ntumi dément toute implication, mais ne condamne pas pour autant cette attaque. « Je ne peux pas les avoir aidés puisque j’avais déjà remis les armes. Et ça, vous le savez. Moi, je ne peux pas dire que je soutiens ou que je condamne. Moi je suis politique, je constate ce qui se fait », a-t-il déclaré. Et d'évoquer des opposants tués dans des manifestations pré-électorales : « Les gens sont morts et aujourd’hui, la situation est restée comme ça. Ils ne veulent pas subir le martyr. C’est ce que je constate. Au niveau de la jeunesse, il y a un ras le bol. Trente-deux ans au pouvoir, c’est trop ! »

Le bilan de ces affrontements de ce lundi n'est pas encore connu. Les autorités disent attendre la fin des opérations. Un témoin du quartier PK dit cependant avoir vu les corps de trois policiers.

Par ailleurs, le député-maire de Pointe-Noire dément des rumeurs de coups de feu en périphérie de la ville dans la matinée de lundi. Selon Roland Bouiti-Viaudo, un groupe de jeunes a attaqué un commissariat à l'arme blanche et c'est en entendant la riposte des policiers que certains habitants ont pris peur, provoquant un mouvement de foule. « Les assaillants ont été interpellés et le calme est revenu en moins d'une heure », selon le maire.

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